La résignation acquise, c’est quoi ?
- Cynopolis Elsa Weiss
- il y a 3 jours
- 2 min de lecture
La résignation acquise (ou détresse acquise, ou impuissance apprise), est un mécanisme de défense adopté par un animal, humain y compris, qui se retrouve dans une situation stressante dont il ne peut se sortir. Bien souvent, l’animal en détresse acquise a employé des tactiques qui se sont avéré inopérantes face à la menace perçue (tentatives de fuite, d’apaisement, d’intimidation ou d’agression). Alors, il finit par accepter, subir, ne plus réagir… Il se résigne.
Le concept de détresse acquise a été défini dans les années 70 par Martin Seligman, professeur de psychologie expérimentale à l'université de Pensylvannie aux Etats-Unis. Il a mené des expériences sur des rats de laboratoire soumis à des décharges électriques auxquelles ils ne pouvaient pas se soustraire : les animaux finissaient alors par se résigner, se figer et subir la douleur des décharges sans plus chercher à y échapper, puisqu’ils ne bénéficiaient pas de porte de sortie. Au fil des répétitions, ce mécanisme est devenu si ancré que, placés dans la même situation mais avec une possibilité de s’en sortir, les rats n’ont plus essayé de trouver une solution pour mettre fin aux décharges : ils les ont subies. Alors que les rats de deux autres groupes, qui ne recevaient pas de décharges, ou qui avaient la possibilité de les arrêter en activant un levier, ont vite trouvé la sortie.
La détresse acquise place en effet l’animal dans un état de passivité, comme si son cerveau tout entier était anesthésié. L’individu apprend que, quelle que soit l’action qu’il produit, elle n’a aucun effet sur son environnement. C’est profondément anxiogène, et générateur de stress chronique et de dépression.
C’est pourquoi les méthodes immersives telles que placer un chien phobique humains au milieu d’un groupe de bipèdes peut sembler fonctionner, puisque l’animal ne réagit plus au bout d’un certain temps. C’est ce qui se produirait si l’on plaçait un humain arachnophobe dans une pièce fermée remplie de mygales : il hurlerait, taperait aux portes, aux murs, s’arracherait les cheveux, mais il finirait par se résigner, n’ayant aucune possibilité d’échapper à l’objet de sa terreur. Cela ne soignerait pas sa peur pour autant, bien au contraire. De même, sanctionner un chien réactif sans lui laisser de possibilité de fuir ou de communiquer semble donner de bons résultats à court terme, mais fait souvent des ravages à long terme. C’est comme mettre un pansement sur une plaie infectée : ça ne se voit plus, ça fait propre, mais la cause du problème est toujours là et ne pourra qu’empirer à cause de cette fausse solution.
Tous ces animaux placés en détresse acquise ne vont pas mieux. Les symptômes disparaissent (provisoirement) mais les émotions et la cause du comportement sont toujours là. On a simplement fait taire l’animal de force, et on a anéanti ses tentatives de communication. Le contrôle sur son environnement étant l’un des renforçateurs les plus puissants pour un animal, employer la résignation acquise dans un cadre qui se veut éducatif est une forme grave de maltraitance.
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Elsa Weiss / Cynopolis
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