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La punition en éducation canine

il y a 5 heures
5 min de lecture

En onze années d’éducation canine, l’une des questions que l’on m’a le plus posées était la suivante : « Comment sanctionner un chien qui adopte un comportement indésirable ? ».


Je ne suis pas une adepte de la punition, et ce pour plusieurs raisons : d’abord, parce que mon premier chien, il y a 25 ans, a été « éduqué » en club canin de façon coercitive et que ce que j’y ai vu m’a laissé des souvenirs traumatisants (voir un cocker équipé d’un Torquatus faire littéralement l’hélicoptère au bout d’une laisse est quelque chose qu’il m’est impossible d’oublier). Par le biais de ces leçons en club, mon chien a appris à obéir, par crainte de la sanction. Mais le lien de confiance entre lui et moi était inexistant. Mon chien ne me comprenait pas, et je ne le comprenais pas non plus. Je suis passée à côté de sa véritable personnalité pendant ses onze années de vie.


Ensuite, la punition sert souvent à sanctionner un comportement qui fait partie intégrante de l’éthogramme de l’espèce canine (aboyer, creuser, manger de la nourriture au sol…), et elle ne peut pas être comprise par le chien.


Je trouve aussi que la punition est un acte facile qui ne nous pousse pas à la réflexion. Elle ne fait que satisfaire un besoin immédiat : celui de l’humain de « passer ses nerfs » sur l’animal, comme nous le verrons plus loin.


Enfin, au delà de toute considération éthique, la punition s’avère souvent inefficace, et je vais tenter de vous expliquer pourquoi d’un point de vue scientifique. C’est sur les raisons de cette inefficacité que nous allons nous attarder.


👉 La punition arrive souvent trop tard :


La punition est la méthode employée spontanément par l’humain pour faire cesser un comportement indésirable. Parmi les exemples de punitions, on peut trouver la tape, la sanction verbale, le coup de collier, le choc électrique, etc. La punition intervient souvent après le comportement indésirable, elle n’est que rarement appliquée exactement en même temps. Par exemple, si mon chien mord une personne et que je le sanctionne, c’est tout à fait improductif : la personne est déjà mordue, et frapper le chien après coup, même une seconde après, ne lui permettra pas de faire le lien avec son action. Autre exemple : quand j’entraîne mes chiens au troupeau et qu’ils font une erreur, comme mettre le bazar dans les moutons, j’emploie la punition verbale. C’est un réflexe, car je n’aime pas qu’ils bousculent les moutons, donc je hausse la voix. Mais c’est totalement inutile : l’action est déjà effectuée. Ce qu’il faut que je revoie, ce sont mes placements, afin de ne pas induire mes chiens en erreur et les pousser à la faute.


En revanche, s’ils s’apprêtent à partir à gauche du troupeau alors que je leur demande d’aller à droite, un « Hey ! » sonore peut fonctionner : il ne s’agit pas d’une punition, mais d’un disruptif, car mon action coïncide avec celle du chien et survient au bon moment, c’est à dire juste avant l’action ou au tout début de celle-ci. Attention, la frontière entre punition et disruptif est ténue, et le disruptif n’est pas toujours bienveillant non plus : un spray de « Pet Corrector » employé même avec un timing parfait peut être traumatisant pour certains chiens. Tout est une question de mesure et de réflexion.


👉 La punition n’enseigne pas de comportement alternatif :


Autre faiblesse de la méthode d’apprentissage par la punition, c’est que l’animal ne sait pas ce qu’il doit faire à la place du comportement sanctionné. On ne peut pas prévoir quel comportement il va adopter à la place de celui que l’on cherche à supprimer : la punition est une méthode d’éducation aux effets hautement imprévisibles. L’exemple classique est celui du chien que l’on sanctionne parce qu’il grogne sur un enfant et qui opte pour la morsure la fois suivante.


👉 La punition peut amener le chien à agir « en cachette » :


La punition peut aussi amener l’individu à continuer de produire le même comportement, mais « en cachette », de peur d’être sanctionné : par exemple, il est courant que les chiens qui mangent des crottes par terre soient sanctionnés pour cela et apprennent à les manger en essayant de se dissimuler de leur propriétaire, généralement en les gobant le plus vite possible.


👉 La punition nuit à la qualité du lien humain/chien :


Enfin, la punition présente l’inconvénient d’entacher le lien entretenu avec l’humain. Un humain qui se fâche ou frappe son chien pour une raison totalement obscure aux yeux de ce dernier (ce qui est presque toujours le cas) passera pour un individu instable et perdra des points de confiance auprès de son animal. La punition entraînant des émotions négatives, comme la peur ou la colère, le chien les associera vite à son propriétaire et pourra développer de la méfiance envers lui.


👉 Pourquoi l’usage de la punition est-il si ancré dans nos habitudes ?


Pourquoi la punition est-elle si prisée de l’humain ? D’abord, parce qu’elle est pour lui un puissant renforçateur : le comportement du chien agace l’humain et ce dernier se venge par la sanction. La vengeance apporte un soulagement immédiat en apaisant la colère de l’humain.


D’autre part, quelques comportements disparaissent effectivement avec l’usage de la punition : le propriétaire du chien va retenir ces petits succès alors même que tout le reste n’est pas forcément une réussite.


Ensuite, la punition est une méthode d’éducation fortement ancrée dans notre culture judéo-chrétienne, où les notions de repentance, de culpabilité, d’interdiction tiennent une place prépondérante. Affronter des épreuves, se plier à des règles strictes, subir des châtiments est perçu comme une façon de s’améliorer, de grandir.


Enfin, la punition reste aujourd’hui fortement valorisée par la société : la punition, c’est l’arme de ceux qui veulent se donner une image de durs, de ceux qui ne « se laissent pas faire ». Beaucoup de propriétaires semblent se sentir diminués quand on leur propose de travailler en récompensant leur animal (par le jeu, la nourriture, la récompense verbale…). Ce ne sont malheureusement pas ceux qui entretiennent la relation la plus solide avec leur animal. Mais l’être humain est ainsi fait qu’il se sent contraint en permanence d’assurer sa domination et son emprise sur les autres êtres vivants. Ce comportement n’est observable que chez Homo sapiens : chez les animaux qui vivent en groupe social, y compris les chiens, la sanction existe mais elle est principalement liée à l’accès à des ressources. Contrairement à ce que l’on imagine parfois, le chien est un animal plutôt pacifique qui n’engage de conflit que quand il n’a pas d’autre choix.


Ce post n’a pas vocation à encourager les propriétaires de chiens à être laxistes, et soyons honnêtes, nous avons tous déjà employé la punition, de manière volontaire ou non. De même, dire « Non » ou instaurer un cadre de vie à son chien n’est pas maltraitant, bien au contraire ! Il est cependant dommage que la punition reste employée aussi systématiquement et qu’elle soit aussi peu remise en question malgré des résultats peu probants. Il est à la portée de tout le monde de faire mal ou peur à son chien pour faire cesser un comportement indésirable. Mais il est beaucoup plus intéressant et pertinent de réfléchir à une façon d’amener le chien à proposer une alternative à ce comportement gênant. Et il y a mille et un chemins pour y parvenir.


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Elsa Weiss / Cynopolis Formations

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