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Lignée beauté / lignée travail : quelles différences ?

Hier (il y a en réalité deux ans, car cet article date de 2021 😉), j’ai annoncé l’arrivée dans ma vie de mon premier chiot issu d’une lignée sélectionnée pour le travail.


On m’a demandé, et je trouve la question intéressante, pourquoi je ne m’étais pas tournée à nouveau vers un chien de refuge, étant donné que mon précédent Border Collie vient d’une association et que je travaille sur ovins avec lui.

Je me suis dit que c’était l’occasion parfaite d’expliquer la différence entre un chien non-issu d’une lignée sélectionnée, un chien de lignée de beauté et un chien de lignée de travail.


👉 Le chien non-issu d’une lignée sélectionnée :


La plupart des chiens ne sont pas issus de lignées sélectionnées. Mon American Staff, Farouk, et mon Border Collie, Indiana, font partie de cette catégorie. Le petit corniaud du voisin aussi. Qu’ils soient « de type racial » ou non, ces chiens ont en commun de ne pas être inscrits au Livre des Origines Français (LOF), c’est à dire qu’on ne connaît pas leur arbre généalogique. Cela n’en fait aucunement des chiens « de qualité inférieure », bien évidemment ! À mes yeux, Farouk et Indy sont les chiens les plus merveilleux du monde (oui oui, même mon « Mordeur Collie » !), et vous pensez probablement la même chose de votre petit Royal Bourbon ou de votre Berger Australien non LOF. Un chien est avant tout un compagnon, un ami, un partenaire de vie, et la plupart des canidés domestiques, de lignée sélectionnée ou non, peuvent remplir ce rôle à la perfection. Attention cependant, ce n’est pas une raison pour faire reproduire des chiens juste « parce que les parents sont jolis », parce qu’on est curieux de savoir ce que donnera le croisement, ou « parce qu’une chienne a besoin d’être maman », ce qui est certainement la raison la plus absurde de toutes. À noter aussi que certaines races, comme l’American Staff ou le Tosa Inu, doivent impérativement être inscrites au LOF pour avoir le droit de se reproduire, afin d’éviter les naissances clandestines (mon Farouk, par exemple, n’aurait jamais dû naître si la loi avait été respectée par ses naisseurs).


👉 Le chien issu d’une lignée de beauté :


Lors de leur examen de confirmation, les chiens de race de lignée beauté (ou « d’expo », ou « show ») sont principalement jugés sur des critères physiques. Ils doivent entrer dans un standard précis, ne pas dépasser un certain poids et une certaine taille, avoir les yeux de telle couleur, un poil court, long ou dur, avoir un stop plus ou moins marqué, etc. Des critères comportementaux sont aussi (théoriquement) pris en compte, comme le fait qu’une race doit être amicale avec l’humain ou au contraire sur la réserve, placide ou nerveuse, etc.


Ce type de sélection a eu des conséquences parfois désastreuses chez certaines races dont le patrimoine génétique a alors été considérablement réduit (on pense tous au Berger Allemand…), mais heureusement, les bons éleveurs essaient de maintenir un juste équilibre entre beau et bon chien.


👉 Le chien issu d’une lignée de travail :


Tous les chiens étaient, à l’origine, destinés à un usage particulier. Chasser, tirer des traîneaux, monter la garde, faire la guerre, conduire des troupeaux, tenir compagnie, etc. Aujourd’hui, la plupart d’entre eux ne sert plus qu’à ce dernier usage et n’a plus de rôle particulier à remplir. Ces chiens présentent encore des atavismes de berger, de chasseur ou de protecteur, mais ces traits ont été atténués par la sélection basée sur des critères quasi essentiellement physiques. Par exemple, le Berger Australien de beauté n’a plus grand-chose à voir avec le Berger Australien de travail. Il continue de présenter des patrons-moteurs de poursuite propres à ses origines bergères, mais il est rare qu’il ait encore suffisamment d’instinct pour travailler au troupeau. C’est normal, puisqu’il y a bien longtemps qu’on ne le sélectionne plus sur ces critères.


Un chien de lignée de travail est, comme son nom l’indique, destiné à une mission particulière. Ses ancêtres ont tous été sélectionnés, depuis des générations, pour un travail spécifique. Je pense évidemment au Border Collie et au Malinois, mais aussi aux chiens de chasse ou de traîneau. Ces chiens ne sont pas destinés à la compagnie et ont le besoin viscéral d’accomplir ce pour quoi ils sont faits. Leur examen de confirmation comprend une épreuve de travail permettant de s’assurer que, s’ils se reproduisent, ils transmettront à leur descendance les gènes nécessaires à l’accomplissement de la mission pour laquelle la race a été créée.


Pour en revenir à Sirius, il s’agit donc d’un chiot issu d’une lignée de Border Collies tous confirmés au troupeau, et donc présentant un très fort atavisme de berger. Il a aujourd’hui un peu plus de deux mois, et cet instinct est déjà bien visible : dans le jeu, il présente des patrons-moteurs de fixation et de poursuite, et il a déjà tendance à vouloir courser les voitures. Je vais le présenter aux brebis très bientôt et je ne doute pas que cela l’intéressera fortement. J’ai vu des chiots de trois mois découvrir les moutons et c’est quelque chose de magique : si on les écoutait, ils voudraient déjà réunir tout le troupeau alors qu’ils ont encore du mal à se dépatouiller avec leurs quatre pattes.

Quand j’ai débuté le troupeau, je pensais qu’avec beaucoup de volonté, on pouvait arriver à tout avec n’importe quel chien. C’est vrai, mais seulement en partie. Mon Indiana, qui n’est pas issu d’une lignée sélectionnée, a démarré le troupeau à l’âge de quatre ans. Il présentait un fort instinct, mais il s’est tout de suite révélé très difficile à manier, et il l’est toujours. Il a travaillé un an en muselière car il mordait les brebis. Il a mis un temps fou à acquérir le « stop ». J’ai essayé de me fixer des objectifs, je l’ai emmené en alpage, j’ai obtenu le Certificat d’Aptitude à la Conduite de Chien de Berger sur Troupeaux (difficilement !), mais je ne compte pas les crises de nerfs que j’ai connues tout au long de son dressage. Cela dit, je ne regrette aucunement mon choix d’avoir commencé le troupeau avec un chien de refuge. Indy m’a permis d’apprendre à conduire un chien de berger, et c’est grâce à lui qu’est née ma passion du travail au troupeau.


Je préciserai cependant que tous les Border Collies non-issus de lignées sélectionnées ne sont pas aussi difficiles à faire travailler qu’Indy. J’ai eu l’occasion d’en observer quelques-uns qui ont connu un beau parcours.


Les Border Collies de lignée de travail sélectionnée sont vraiment « faits » pour la pratique du troupeau. Ils ont un instinct très fort mais aussi une meilleure « dressabilité » globale que les autres lignées : le but étant bien évidemment d’avoir un bon chien, mais aussi une certaine marge de manœuvre pour le faire progresser. Ils sont particulièrement rapides (les lignées poil court ont d’ailleurs bénéficié d’un apport de sang de lévrier), possèdent un « will to please » indéniable et des aptitudes naturelles à un travail « propre » : tendance à bien écarter autour du troupeau, allures « coulées » particulièrement marquées, etc.

Pour conclure, quand on choisit un chien de lignée de travail sélectionnée, cela doit être impérativement dans le but de lui permettre d’accomplir sa mission. Les bons éleveurs ne placeront d’ailleurs pas ce type d’animal pour la compagnie. Sirius sera bien sûr mon compagnon de tous les jours, mais il est avant tout destiné à travailler et je vois déjà qu’il ne demande qu’à apprendre. Mais je resterai toujours une fervente partisane de l’adoption en refuge : ils ne sont peut-être pas de pure race et de haute lignée, mais les chiens de refuge m’ont prouvé à plusieurs reprises qu’ils étaient les amis les plus fidèles qui soient.


Elsa Weiss / Cynopolis

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