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Le Berger Australien, ce feu d’artifice canin !

Je ne me voyais pas ne pas mettre de point d’exclamation au titre d’un article concernant le berger australien. S’il était une marque de ponctuation, le berger australien serait forcément un point d’exclamation ! Et si l’on me demandait de décrire ce chien en un seul adjectif, je choisirais le terme « explosif ». Il est vrai qu’en tant qu’éducatrice, les bergers australiens que je reçois sont parfois des chiens dont les propriétaires sont dépassés, et qui ne sont pas toujours canalisés comme ils le devraient. Il ne faut pas croire que, parce que l’aussie est actuellement LA race préférée des Français, il est pour autant un chien « facile ». Beaucoup le choisissent malheureusement pour son physique, plutôt avantageux il faut le reconnaître. Son pelage ondoyant, ses couleurs de robes variées et ses yeux aux teintes atypiques flattent la rétine et attirent le grand public. Et, comme toujours quand on abuse des bonnes choses, des dérives commencent à apparaître : des lignées sélectionnées uniquement sur leur physique, dont le patrimoine génétique limité entraîne des soucis de santé ou de comportement. Des chiens incapables de gérer leurs émotions, en état de stress chronique, voire réactifs envers humains et congénères. De très beaux chiens, certes, qui rafleraient tous les prix en exposition canine, mais qui sont parfaitement inadaptés à la vie de chien de compagnie.


Il faut dire que le berger australien tel qu’on le rencontre majoritairement aujourd’hui est une race en pleine mutation et encore assez peu stabilisée. À l’origine, l’australien était un chien de travail destiné à la conduite de troupeaux. Il n’était pas sélectionné pour la compagnie. On avait alors besoin de chiens très actifs, capables de parcourir des kilomètres sans se fatiguer mais aussi de répondre très vite aux ordres donnés. C’est pourquoi on sélectionnait des chiens dynamiques et endurants, mais aussi à l’intelligence vive. La lignée originelle, dite « working » ou lignée de travail, existe encore à l’heure actuelle, mais on n’en rencontre que très peu de représentants. L’aussie de travail, plus petit, plus léger, moins garni en poils, plus « fonctionnel » que l’aussie de lignée « show » (la grande majorité des bergers australiens qu’on croise actuellement) rencontre surtout du succès auprès des personnes désirant travailler au troupeau ou pratiquer d’autres sports canins. Ce qui pèche avec l’australien de lignée beauté, c’est qu’il a perdu en grande partie son instinct de troupeau mais qu’il conserve cette énergie débordante et cette grande intelligence dont il ne sait que faire. C’est pourquoi, si ses besoins de dépense physique, mais aussi de stimulation intellectuelle ne sont pas comblés, il donne ce chien « explosif » dont je parlais plus haut. Ajoutons à cela une sélection faite par certains éleveurs peu scrupuleux sur le seul critère physique (produire des beaux chiens, mais sans aucun travail de sélection sur le tempérament de l’animal), et l’on obtient des australiens ingérables qui se retrouvent à décorer les allées des refuges.

Aboiements incessants, incapacité à supporter la frustration, intolérance à l’inactivité, communication de mauvaise qualité avec les congénères (foncer dessus en aboyant, pousser, bousculer, harceler, voire agresser), la liste des « petits travers » du berger australien est longue, et certains individus, mal sélectionnés par l’éleveur dès le départ ou mal géré par leurs humains, peuvent présenter la totalité des comportements sus-cités. Il est triste, quand on choisit une race parce qu’elle a la réputation d’être un bon chien de famille, de se retrouver avec un individu réactif, qui pince les invités, aboie jusqu’à ce que les voisins lancent une pétition dans le quartier et essaie de se jeter sur tous les congénères qu’il croise en bout de laisse.


L’australien peut pourtant être un excellent compagnon. Moins obsédé par le travail que le border collie, l’aussie (toujours de lignée beauté, j’entends) est souvent plus adapté à la compagnie que ce dernier. Mais il n’en reste pas moins un chien très demandeur d’activités, qu’elles soient physiques (et, encore une fois, le jardin ne compte pas ! Un chien a besoin de sortir en promenade en extérieur tous les jours) ou mentales (obéissance, obé-rythmée, pistage… la liste des activités pouvant être pratiquée par le berger australien est longue, car il est très polyvalent et adore partager des moments privilégiés avec son humain). Attention cependant à ne pas le stimuler à l’excès : il a besoin d’activité quotidienne, c’est indéniable, mais ces moments d’activité doivent être entrecoupés de périodes de repos. N’abusez pas non plus des jeux de lancer avec votre aussie : ils rendent ce type de chien particulièrement « accro ». Et ne répondez pas à toutes les demandes d’attention de votre berger australien : il est très malin, et peu patient. S’il constate qu’en aboyant, il attire votre attention, il ne s’en privera pas (et il aura raison, puisque ça fonctionne !). À chaque moment d’inattention de votre part, vous entendrez alors résonner sa douce voix dans vos oreilles… C’est pourquoi il peut être utile de marquer la fin d’une interaction ou d’un jeu avec votre chien par un mot bien particulier (par exemple, en lui disant « C’est fini » et en cessant l’activité) sans quoi il sera constamment en demande. Enfin, les longues promenades calmes, consacrées à la découverte olfactive de son environnement, en liberté ou en longe si votre chien n’a pas un bon rappel ou s’il a tendance à foncer sur ses congénères, même pour jouer (l’australien n’a pas toujours une approche douce et polie des autres chiens et peut se révéler envahissant), doit constituer la base de son activité journalière.


Enfin, si vous envisagez l’acquisition d’un berger australien, ne pensez pas qu’à son physique mais renseignez-vous bien sur son tempérament. L’éducation ne fait pas tout, la génétique entre aussi en compte, et certaines races ne s’adapteront jamais à votre environnement, malgré toute la bonne volonté dont vous ferez preuve. Si vous travaillez dix heures par jour et êtes débordé par deux enfants en bas âge, renoncez à lui (avec un tel nombre d’heures d’absence, d’ailleurs, ne prenez pas de chien du tout, il serait obligatoirement malheureux…). Et surtout, choisissez soigneusement votre éleveur (ou adoptez un aussie en association, beaucoup sont abandonnés par méconnaissance ou pour des raisons personnelles) : mieux vaut sélectionner un professionnel qui ne fait pas plus de deux portées par an (et pas de la même chienne !) et pas plus de deux races. Vous vous assurez ainsi du fait qu’il s’agit d’un passionné et non pas d’un marchand de chiens. Évitez de prendre un chiot issu de la portée d’une chienne du voisinage : être éleveur est un métier et la sélection au sein d’une race doit être rigoureuse. Rappelons également que les mariages entre deux individus de couleur merle sont interdits par la loi et produisent des chiots majoritairement handicapés. Les individus « à blanc envahissant » doivent aussi être écartés de la reproduction. Sachez aussi que le berger australien est sujet à une mutation du gène Mdr1 qui le rend sensible à certains médicaments. Pensez à faire dépister votre compagnon !

Le berger australien n’est donc pas le chien de Monsieur-Tout-le-monde. Avoir un beau berger australien est accessible à n’importe qui ; mais avoir un bon berger australien se mérite ! Si vous avez suffisamment de temps à lui consacrer, que vous envisagez de pratiquer une activité avec lui, et que vous avez envie de partager au moins une longue promenade quotidienne avec votre compagnon, alors foncez ! Avec un GRAND point d’exclamation !


Elsa Weiss / Cynopolis

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