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La maltraitance passive de nos animaux de compagnie

Frapper, hurler, effrayer, insulter, secouer par la peau du cou… on a tous une idée bien définie de ce qu’est la maltraitance envers les animaux. On estime que maltraitance rime avec violence physique ou psychologique. C’est une erreur. La maltraitance commence bien avant les coups, et elle est beaucoup plus répandue qu’on ne le croit : quand on ne répond pas aux besoins éthologiques de l’espèce avec laquelle on partage notre vie, on est déjà maltraitant. Et nos chiens sont les premières victimes de ce manquement.


Vous savez, ce voisin, là, celui dont vous n’avez jamais vu le chien ailleurs que derrière les grilles de son portail, et qui n’a pour seule occupation que d’aboyer après tous les passants ? Il est déjà maltraitant.


La vieille dame du bout de la rue, celle qui promène son Yorkshire sans jamais le laisser renifler les traces d’urine et les déjections des autres chiens, « parce que c’est sale »… Elle est déjà maltraitante.


Celui qui tient son chien constamment en laisse courte, parce qu’un chien, ça doit s’adapter au rythme de son maître et marcher au pied, et qui ne le laisse jamais explorer son environnement… Il est déjà maltraitant.


Celui qui choisit un Malinois comme compagnon parce que c’est beau, c’est vif, c’est obéissant, mais qui ne le sort que vingt minutes en rentrant du travail… Il est déjà maltraitant.


On peut extrapoler à d’autres espèces… vous allez me trouver ridicule, mais avez-vous déjà pensé que le poisson rouge que vous gardiez dans un bocal, c’était aussi de la maltraitance passive ? Un « simple » poisson rouge a des besoins éthologiques : vivre en groupe, évoluer dans un environnement vaste et riche en cachettes, chercher sa nourriture… Servir de décoration d’intérieur n’en fait pas partie.


Je pense qu’on peut détenir à peu près n’importe quelle espèce, pour peu qu’on prenne la peine de se renseigner sur ses besoins. J’ai partagé ma vie avec des chiens, des chats, des rats, des souris, des hamsters, un mulot, un lapin, des furets, des poissons, une écrevisse (!), des araignées, un cheval, des moutons, des chèvres, un pigeon ramier et même un rapace. Chaque espèce a des besoins différents. Chaque sous-espèce, chaque race domestique a des besoins différents. Je ne suis pas la propriétaire parfaite, j’ai fait beaucoup d’erreurs avec mes animaux. Mais j’essaie au maximum de combler les besoins de leur espèce. Et je suis toujours révoltée de constater que le premier animal domestiqué par l’Homme, est celui qui fait le plus les frais du manque d’empathie de ce dernier.


- 30 000 avant JC. C’est la date estimée du début de la domestication du chien par l’humain. Et ça n’a pas suffi à Homo sapiens pour comprendre qu’un chien n’est pas fait pour s’ennuyer toute la journée, pour passer sa vie dans un jardin, pour avoir comme seule occupation quotidienne de gober une gamelle de croquettes en dix secondes, pour servir de défouloir affectif, pour se promener uniquement en laisse courte sans jamais être libre de ses mouvements…


Trente mille ans de vie commune et nous connaissons toujours aussi peu le chien. Il serait temps que nous changions de regard sur les animaux qui nous entourent. Ils vivent d’abord pour eux, comme tout être vivant sur cette Terre. Un chien est un compagnon de vie, pas un faire-valoir, une façon de compléter un joli petit tableau familial, une source de motivation pour faire son footing, une alarme pour faire fuir les cambrioleurs. Il est avant tout un animal avec des besoins complexes. La bonne nouvelle ? Il est encore temps de changer. Même trente

mille ans après.


Elsa Weiss / Cynopolis

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