J’ai crié sur mon chien : suis-je maltraitant ?
- Cynopolis Elsa Weiss
- 29 déc. 2025
- 4 min de lecture
Sur les réseaux, on peut se donner l’image que l’on veut. On affiche des morceaux choisis de sa vie, on publie des vidéos qui donnent une belle image de nous et de notre relation avec nos animaux. C’est plutôt normal. On a envie de partager les bons moments, les petits succès, et puis, quand on est éducateur/trice en méthodes bienveillantes, il est important de montrer ce que l’on peut obtenir par la collaboration et la non-violence.
Cependant, je trouve tout aussi important d’être honnête avec soi-même : même si je publie de jolies vidéos de moments de complicité avec mes chiens, suis-je une référente parfaite pour eux ? Certainement pas ! J’essaie au quotidien de faire tout ce que je peux pour combler leurs besoins, pour mieux comprendre leur façon de communiquer, pour améliorer leur bien-être. Mais je travaille avec du vivant, et bien sûr qu’il y a des ratés ! Il y a seulement deux jours, Aubrac m’a échappé pour courser une voiture. J’ai perdu tout mon sang-froid et je me suis mise à courir en criant et en traînant mes deux pauvres petits vieux derrière moi (je parle de mes chiens, hein 😄 !). Sans l’aide de mon collègue qui a assisté à la scène, Aubrac aurait peut-être fini écrasé. Heureusement, j’ai pu le rattraper et il a échappé à l’accident. Je crois même que ce petit démon a passé l’un des moments les plus amusants de sa vie !
Je ne cherche pas à me déculpabiliser, car je sais que j’ai manqué de vigilance à ce moment précis et que mon petit chien aurait pu en faire les frais. Mais, ne nous leurrons pas : vivre ou travailler avec des chiens, c’est accepter les imprévus, les grosses frayeurs, les moments de honte (encore plus quand on est un/e pro du chien !), parce qu’on ne pourra jamais TOUT contrôler chez nos compagnons. On a beau employer les outils qu’il faut, longe, harnais, il peut arriver un moment où la laisse nous glisse des mains, ou le chien parvient à s’extraire de son harnais, où l’on regarde dans la direction inverse, et où la vie nous rappelle brutalement que l’on ne pourra jamais avoir un contrôle total de l’existence d’un animal. Et, finalement, c’est sûrement une bonne chose.
Bien sûr, je fais toujours mon possible pour me montrer calme et patiente avec mes animaux. Mais, en tant qu’humaine douée d’émotions, cela me demande un effort constant. Je suis certes d’un tempérament plutôt calme et pacifique, mais quand je suis fatiguée ou que j’ai passé une mauvaise journée, il m’arrive, à moi aussi, d’avoir moins de patience avec mes chiens qu’en temps normal. Un aboiement, et je râle. Un saut que je tolère habituellement, et je ronchonne. Cependant, mes chiens ne sont absolument pas responsables de la qualité de mes journées et ils n’ont pas à subir ma mauvaise humeur. Je veille donc toujours à ne pas trop montrer mon agacement en leur présence, mais je ne suis pas -du tout !- parfaite et je vous comprends profondément quand vous me dites qu’il vous arrive de perdre patience et que, même si vous vous en voulez profondément par la suite, vous élevez parfois la voix sur votre chien. Tant que cela reste exceptionnel et que c’est le fruit d’une émotion non contrôlée, c’est compréhensible et c’est tout à fait excusable. Que celui qui ne s’est jamais fâché sur son chien nous jette la première pierre.
Le problème, c’est quand cela devient une habitude. Il y a une différence entre perdre patience une fois et crier systématiquement sur son chien quand ça ne va pas. De même, faire mal à son chien sous prétexte de mauvaise gestion d’une émotion, là ce n’est plus acceptable. Enfin, et c’est là que je souhaite en venir avec mon post, il y a une différence ÉNORME entre s’en vouloir d’avoir exceptionnellement crié sur son chien, et prôner les vertus éducatives de la douleur et de la peur. Aujourd’hui, on sait qu’il est possible d’éduquer un chien de A à Z sans avoir besoin d’employer la violence, les cris et les outils coercitifs.
L’humain est un animal en proie à ses émotions comme les autres espèces dites « évoluées ». Il n’est pas un robot, il fait des erreurs, et il fait parfois subir ses émotions aux individus autour de lui. Mais, même si ces notions restent largement subjectives, l’humain a aussi profondément conscience de ce qui est bien et de ce qui est mal. Aujourd’hui, il se devrait d’essayer de s’extraire de ce système de domination (encore et toujours lui…) qu’il a instauré avec ses propres congénères mais aussi avec les animaux. Quand on sait qu’on peut faire le bien, pourquoi choisir le mal ? Notre cerveau est capable d’élaborer des stratégies éducatives qui ne nuisent pas à l’animal, ou très peu. Alors, au lieu de nous auto-flageller pour nos petites erreurs, serrons-nous les coudes pour œuvrer ensemble vers une éducation éthique qui prendra en compte le fait que, oui, l’humain est doté d’émotions, mais le chien aussi.
Elsa Weiss / Cynopolis
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