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Et si l’on optait pour des chiens moches ?

Quand j’ai acheté Sirius puis, 5 ans plus tard, son neveu Aubrac, mes border collies de travail, je n’avais que trois critères en tête :


- Que les parents soient en bonne santé

- Que les parents soient relativement stables en termes de comportement

- Que mon chiot ait le poil plutôt court


Je n’avais pas de critères physiques particuliers, je voulais juste des chiens qui puissent travailler efficacement et faire de bons compagnons au quotidien.


Le physique de mes chiens suscite rarement l’admiration des passants : ils sont on ne peut plus banals, d’ailleurs la plupart des gens ne savent même pas qu’il s’agit de border collies. Pourquoi ? Parce qu’ils sont issus d’une sélection basée sur une fonction, et pas sur un physique comme c’est le cas pour les autres races de chiens.


Aujourd’hui, la sélection des chiens de race en France est bancale, je ne l’apprendrai à personne. S’il existe des éleveurs qui font un travail formidable, tant sur la sélection sanitaire que comportementale, le système dans lequel ils sont contraints d’évoluer est tout de même problématique.


Pour obtenir son pedigree de reproducteur, un chien de race doit être présenté à un juge confirmateur qui décide s’il correspond bien aux critères physiques définis dans le standard de la Fédération Cynologique Internationale. À part une manipulation rapide de l’animal, aucun test comportemental n’est effectué. Dans l’idéal, pour être certain qu’un reproducteur présente la stabilité comportementale nécessaire à la transmission de ses gènes, il faudrait pouvoir l’observer sur une période de plusieurs jours, dans des environnements différents. Manipuler brièvement un chien ne constitue pas un test, d’autant que beaucoup de séances de confirmation ont lieu en exposition canine où les chiens sont soumis à tellement de stimulations qu’ils ne réagissent plus à grand-chose.


Un éleveur consciencieux écartera de la reproduction un individu au tempérament instable. D’autres ne le feront pas, soit parce qu’ils n’en seront même pas conscients, leurs chiens ne sortant jamais de l’élevage et n’étant jamais confrontés à des situations nouvelles. Soit, dans les pires cas, parce qu’ils sauront que les acheteurs ne s’inquièteront pas du futur comportement de leur chiot, à partir du moment où ils le trouveront « beau ». Encore une fois, je n’ai rien contre l’élevage s’il est mené de manière intelligente, ni même contre les expositions canines si les chiens y sont ménagés (et pas exposés en pleine chaleur…). Mais, soyons honnêtes, la sélection des races de chiens aujourd’hui pose de gros problèmes, et ces problèmes perdureront tant que l’on n’arrêtera pas de valoriser les chiens les plus beaux au détriment des chiens les plus stables. Franchement, est-ce si important qu’un berger australien destiné à être un chien de famille mesure trois centimètres de trop au garrot ? Ou qu’un yorkshire ait un poil un peu plus ondulé que la moyenne ?


Beaucoup de propriétaires de chiens, en optant pour une race précise uniquement parce qu’ils trouvent son aspect physique attrayant, vendent aussi leur âme au diable. Certes, on peut aimer une race pour son physique, ce n’est aucunement une honte (perso, je rêve d’un Irish Wolfhound depuis toujours !), mais cela ne devrait pas être le critère de choix numéro 1 d’un chien destiné à une vie de famille. Quand je vois que de nombreux propriétaires de chiens s’étonnent encore du fait que leur border collie course tout ce qui bouge, je me dis que leur temps de recherches sur la race n’a pas dû dépasser 3 minutes, et que s’ils ont opté pour elle, c’est uniquement pour son aspect physique. Et 15 ans de vie commune, ça peut paraître long quand on n’a choisi son partenaire que pour sa beauté.


Alors, si l’on optait pour des chiens moches 😜 ?


(Sur la photo : Sirius et Aubrac, aka Dumb & Dumber ❤️)


Elsa Weiss / Cynopolis Formations

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