Chroniques dâalpage đ #4
- Cynopolis Elsa Weiss
- il y a 9 heures
- 4 min de lecture
ThĂšme #4 : LES SOINS
Attention, Ăąmes sensibles sâabstenir ! Je ne vais pas vous dĂ©crire en dĂ©tail les soins effectuĂ©s sur les ovins en alpage, mais il faut savoir quâils sont rarement trĂšs « glamour ».
đ Les mouches, hĂŽtes redoutĂ©s des alpages :
En alpage, la bergĂšre ou le berger ne se contente pas de sortir les brebis et de rentrer au bercail aussitĂŽt la chĂŽme entamĂ©e. Il observe ses bĂȘtes pendant la garde, et dĂ©tecte boiterie, plaie, abcĂšs, diarrhĂ©e ou autre signe de maladie ou de blessure. Il attrape les brebis Ă la main ou avec son crochet, et soigne celles qui en ont besoin. Certains bergers soignent leurs animaux pendant la garde, ce qui nĂ©cessite cependant de garder de trĂšs prĂšs, et dâavoir sur soi son matĂ©riel de soins. La plupart soignent les bĂȘtes une fois quâelles sont rentrĂ©es au parc.
Pour soigner les moutons, il est impĂ©ratif de connaĂźtre leurs maladies et leurs blessures les plus courantes, car les ovins sont touchĂ©s par des maux bien spĂ©cifiques. Le risque numĂ©ro 1 en montagne, ce sont les mouches qui pondent dans les petites plaies causĂ©es par le passage des brebis dans les branchages ou la rocaille, et parfois par les morsures du chien de conduite (il faut ĂȘtre honnĂȘte, cela arrive : en alpage, les chiens aussi subissent une certaine pression, et il arrive quâils lâĂ©vacuent par un petit coup de croc). Les asticots se dĂ©veloppent alors dans la chair du mouton, et si lâon ne fait rien, les lĂ©sions causĂ©es peuvent ĂȘtre trĂšs profondes, causant affaiblissement puis dĂ©cĂšs de lâanimal. Les mouches qui pondent en altitude appartiennent Ă lâespĂšce Wohlfahrtia magnifica, dont les larves voraces peuvent devenir grosses comme des haricots blancs. Tout berger se souvient probablement de sa premiĂšre « myiase », mais au fur et Ă mesure, croyez-moi, on sâhabitue.
đ Un mĂ©tier oĂč la « dĂ©brouille » est indispensable :
Les boiteries, abcĂšs (je vous passerai les dĂ©tails du drainage dâabcĂšs gros comme des oranges), mammites (une inflammation de la mamelle, trĂšs douloureuse pour la brebis ou la chĂšvre touchĂ©e) et autre ecthyma (qui touche principalement les agneaux) sont aussi monnaie courante en estive. Il convient de savoir choisir quel produit pourra agir efficacement en fonction du problĂšme rencontrĂ©, et savoir procĂ©der Ă des injections intra-musculaires si besoin. Câest absolument indispensable. Savoir traire une brebis ou une chĂšvre (rassurez-vous, câest facile) peut aussi servir Ă soulager ou prĂ©venir une infection de la mamelle. Enfin, savoir suturer (ça, si quelquâun veut bien mâapprendre, je suis preneuse âșïž !) peut aider Ă soigner une plaie ouverte. Quand lâalpage se trouve Ă 2h de marche et 30 minutes de voiture de la clinique vĂ©tĂ©rinaire la plus proche, croyez-moi, il est plus que pertinent de savoir se dĂ©brouiller tout seul. Bien sĂ»r, les chiens de protection aussi peuvent rencontrer des soucis de santĂ© : en fonction de ses possibilitĂ©s, câest le berger qui administre les premiers soins et procĂšde aux injections dâantibiotiques ou dâanti-inflammatoires si besoin. Si le vĂ©tĂ©rinaire sanitaire peut ĂȘtre joint par tĂ©lĂ©phone ou par radio pour donner les consignes Ă la bergĂšre ou au berger, câest Ă©videmment lâidĂ©al, mais dans certains cas, il faut savoir prendre des dĂ©cisions seul.
đ La mort, cette compagne de tous les jours :
Enfin, la mort fait partie de la vie en estive. Câest un aspect du mĂ©tier de berger auquel on pense rarement. Parfois, une brebis ou un agneau dont on sâest occupĂ© une partie de lâĂ©tĂ© est retrouvĂ© mort un beau matin. MĂȘme si lâon sait pertinemment que les animaux que lâon garde seront envoyĂ©s Ă lâabattoir, ça ne fait jamais plaisir de perdre un membre du troupeau. Quand le corps est en bon Ă©tat, on le dĂ©place et on le met de cĂŽtĂ© le temps que lâĂ©leveur vienne le rechercher pour le descendre. Si lâalpage nâest pas suffisamment accessible pour que lâanimal soit redescendu, il faudra dĂ©placer le cadavre assez loin du reste des animaux pour que les charognards le nettoient. DĂ©placer une brebis de 70 kilos seul sur un terrain en pente, câest rarement une tĂąche trĂšs amusante. Quand un animal meurt en montagne, il faut agir rapidement, car les mouches pullulent dĂšs que les tempĂ©ratures augmentent.
đ En conclusion :
JâarrĂȘte lĂ mon chapitre sur les soins, qui nâest pas le plus fun que jâai Ă©crit, jâen conviens. Encore une fois, mon souhait Ă©tait de faire prendre conscience au public des rĂ©alitĂ©s du mĂ©tier de berger. Les moments merveilleux sont nombreux en alpage, mais ceux oĂč lâon a les mains dans le sang, le pus ou dâautres substances corporelles ovines sont rĂ©guliers, et il convient de prendre cet aspect de la profession en compte si lâon souhaite se lancer dans le mĂ©tier.
Sur ce, bon appĂ©tit (et ne me remerciez pas) đ !
Elsa Weiss / Cynopolis Formations
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