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Chroniques d’alpage 🐑 #4

ThĂšme #4 : LES SOINS


Attention, Ăąmes sensibles s’abstenir ! Je ne vais pas vous dĂ©crire en dĂ©tail les soins effectuĂ©s sur les ovins en alpage, mais il faut savoir qu’ils sont rarement trĂšs « glamour ».


👉 Les mouches, hĂŽtes redoutĂ©s des alpages :


En alpage, la bergĂšre ou le berger ne se contente pas de sortir les brebis et de rentrer au bercail aussitĂŽt la chĂŽme entamĂ©e. Il observe ses bĂȘtes pendant la garde, et dĂ©tecte boiterie, plaie, abcĂšs, diarrhĂ©e ou autre signe de maladie ou de blessure. Il attrape les brebis Ă  la main ou avec son crochet, et soigne celles qui en ont besoin. Certains bergers soignent leurs animaux pendant la garde, ce qui nĂ©cessite cependant de garder de trĂšs prĂšs, et d’avoir sur soi son matĂ©riel de soins. La plupart soignent les bĂȘtes une fois qu’elles sont rentrĂ©es au parc.


Pour soigner les moutons, il est impĂ©ratif de connaĂźtre leurs maladies et leurs blessures les plus courantes, car les ovins sont touchĂ©s par des maux bien spĂ©cifiques. Le risque numĂ©ro 1 en montagne, ce sont les mouches qui pondent dans les petites plaies causĂ©es par le passage des brebis dans les branchages ou la rocaille, et parfois par les morsures du chien de conduite (il faut ĂȘtre honnĂȘte, cela arrive : en alpage, les chiens aussi subissent une certaine pression, et il arrive qu’ils l’évacuent par un petit coup de croc). Les asticots se dĂ©veloppent alors dans la chair du mouton, et si l’on ne fait rien, les lĂ©sions causĂ©es peuvent ĂȘtre trĂšs profondes, causant affaiblissement puis dĂ©cĂšs de l’animal. Les mouches qui pondent en altitude appartiennent Ă  l’espĂšce Wohlfahrtia magnifica, dont les larves voraces peuvent devenir grosses comme des haricots blancs. Tout berger se souvient probablement de sa premiĂšre « myiase », mais au fur et Ă  mesure, croyez-moi, on s’habitue.


👉 Un mĂ©tier oĂč la « dĂ©brouille » est indispensable :


Les boiteries, abcĂšs (je vous passerai les dĂ©tails du drainage d’abcĂšs gros comme des oranges), mammites (une inflammation de la mamelle, trĂšs douloureuse pour la brebis ou la chĂšvre touchĂ©e) et autre ecthyma (qui touche principalement les agneaux) sont aussi monnaie courante en estive. Il convient de savoir choisir quel produit pourra agir efficacement en fonction du problĂšme rencontrĂ©, et savoir procĂ©der Ă  des injections intra-musculaires si besoin. C’est absolument indispensable. Savoir traire une brebis ou une chĂšvre (rassurez-vous, c’est facile) peut aussi servir Ă  soulager ou prĂ©venir une infection de la mamelle. Enfin, savoir suturer (ça, si quelqu’un veut bien m’apprendre, je suis preneuse â˜ș !) peut aider Ă  soigner une plaie ouverte. Quand l’alpage se trouve Ă  2h de marche et 30 minutes de voiture de la clinique vĂ©tĂ©rinaire la plus proche, croyez-moi, il est plus que pertinent de savoir se dĂ©brouiller tout seul. Bien sĂ»r, les chiens de protection aussi peuvent rencontrer des soucis de santĂ© : en fonction de ses possibilitĂ©s, c’est le berger qui administre les premiers soins et procĂšde aux injections d’antibiotiques ou d’anti-inflammatoires si besoin. Si le vĂ©tĂ©rinaire sanitaire peut ĂȘtre joint par tĂ©lĂ©phone ou par radio pour donner les consignes Ă  la bergĂšre ou au berger, c’est Ă©videmment l’idĂ©al, mais dans certains cas, il faut savoir prendre des dĂ©cisions seul.


👉 La mort, cette compagne de tous les jours :


Enfin, la mort fait partie de la vie en estive. C’est un aspect du mĂ©tier de berger auquel on pense rarement. Parfois, une brebis ou un agneau dont on s’est occupĂ© une partie de l’étĂ© est retrouvĂ© mort un beau matin. MĂȘme si l’on sait pertinemment que les animaux que l’on garde seront envoyĂ©s Ă  l’abattoir, ça ne fait jamais plaisir de perdre un membre du troupeau. Quand le corps est en bon Ă©tat, on le dĂ©place et on le met de cĂŽtĂ© le temps que l’éleveur vienne le rechercher pour le descendre. Si l’alpage n’est pas suffisamment accessible pour que l’animal soit redescendu, il faudra dĂ©placer le cadavre assez loin du reste des animaux pour que les charognards le nettoient. DĂ©placer une brebis de 70 kilos seul sur un terrain en pente, c’est rarement une tĂąche trĂšs amusante. Quand un animal meurt en montagne, il faut agir rapidement, car les mouches pullulent dĂšs que les tempĂ©ratures augmentent.


👉 En conclusion :


J’arrĂȘte lĂ  mon chapitre sur les soins, qui n’est pas le plus fun que j’ai Ă©crit, j’en conviens. Encore une fois, mon souhait Ă©tait de faire prendre conscience au public des rĂ©alitĂ©s du mĂ©tier de berger. Les moments merveilleux sont nombreux en alpage, mais ceux oĂč l’on a les mains dans le sang, le pus ou d’autres substances corporelles ovines sont rĂ©guliers, et il convient de prendre cet aspect de la profession en compte si l’on souhaite se lancer dans le mĂ©tier.


Sur ce, bon appĂ©tit (et ne me remerciez pas) 😜 !


Elsa Weiss / Cynopolis Formations

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