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Chroniques d’alpage 🐑 #2

Thùme #2 : LES PRÉDATEURS


Les prĂ©dateurs sont la principale raison de l’existence des bergers. Bien que le berger ne puisse pas faire grand-chose si un prĂ©dateur dĂ©cide de croquer une brebis, son rĂŽle prĂ©ventif est capital, puisque c’est lui qui rentre le troupeau Ă  la nuit, s’assure qu’aucune bĂȘte ne reste derriĂšre, s’occupe des chiens de protection et vĂ©rifie tous les jours que le parc des brebis est correctement Ă©lectrifiĂ©. Si une bĂȘte peine Ă  suivre les autres pendant la garde, le berger ou la bergĂšre peut aussi demander Ă  ce que l’animal soit redescendu en bergerie par l’éleveur, car les prĂ©dateurs prĂ©lĂšvent en prioritĂ© les individus les plus fragiles et les plus en retrait du troupeau.


👉 Qui sont les prĂ©dateurs du mouton ?


Les principaux prĂ©dateurs du mouton en France sont le loup, plus rarement le lynx (trĂšs dur Ă  observer car extrĂȘmement discret), et l’ours qui n’est prĂ©sent que dans les PyrĂ©nĂ©es. Des cas de vautours ou de sangliers mangeant une brebis ou un agneau ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© dĂ©crits, mais rien ne prouve que le mouton en question ne venait pas de mourir quand ils ont commencĂ© Ă  le consommer. Dans tous les cas, sanglier et vautour ne peuvent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des prĂ©dateurs, le premier Ă©tant principalement vĂ©gĂ©tarien et le second charognard. Ces deux espĂšces sont des nettoyeurs efficaces et indispensables en cas de dĂ©cĂšs d’une brebis en alpage. Les corbeaux aussi font partie des Ă©quarrisseurs de la montagne et ils prĂ©cĂšdent souvent l’arrivĂ©e des vautours. Enfin, le renard roux, de par sa petite taille et son mode de vie solitaire, ne peut pas prĂ©lever des animaux plus gros que des agneaux (et encore, si ces derniers ne sont pas de trop grande taille). En revanche, s’il tombe sur un animal fraĂźchement mort, il n’hĂ©sitera pas Ă  en croquer un bout de cuissot.


👉 Loup, y es-tu ?


Je n’ai gardĂ© que dans les Alpes et je ne pourrai donc pas vous parler de l’ours dont je connais trĂšs peu le comportement. Si certains bergers ou bergĂšres l’ont dĂ©jĂ  rencontrĂ©, je serais vivement intĂ©ressĂ©e par leur tĂ©moignage. En revanche, je connais un peu mieux le loup, auquel j’ai eu affaire deux fois. Je dĂ©cris ces rencontres dans mon livre « Journal d’une BergĂšre », je ne vous ferai donc pas le rĂ©cit de ces expĂ©riences aujourd’hui.


Ce que j’en ai retenu, c’est que le loup est un prĂ©dateur extrĂȘmement discret. Avant d’essayer de prĂ©lever une bĂȘte, il observe, et cela peut durer plusieurs jours. Il s’imprĂšgne des habitudes du berger et du troupeau, Ă©pie les chiens de protection et leurs stratĂ©gies de dĂ©fense. Et puis un beau soir, ou un beau jour (il y a trois ans, un loup a tentĂ© d’attraper un chevreau Ă  quelques mĂštres de moi en pleine aprĂšs-midi), il tente sa chance. Le jour oĂč cela m’est arrivĂ©, le chien de protection du troupeau a surgi de nulle part et l’a fait fuir en quelques secondes. Je suis restĂ©e bouche bĂ©e devant la fulgurance et l’efficacitĂ© de son action. La nĂ©cessitĂ© de la prĂ©sence de chiens de protection auprĂšs des troupeaux ne fait aucun doute. Je rappelle que ces derniers n’ont pas vocation Ă  tuer les prĂ©dateurs, mais Ă  les faire fuir en signalant leur prĂ©sence par des marquages urinaires et des aboiements. S’ils aperçoivent l’intrus, ils se contentent de charger puis ils retournent Ă  leur troupeau. Ils ne dĂ©ciment pas la faune sauvage, contrairement Ă  ce que l’on peut parfois lire. Ils n’ont de toute façon pas l’endurance nĂ©cessaire pour courser des animaux sauvages Ă  vitesse soutenue sur de longues distances (les chiens de protection feront l’objet d’une prochaine chronique).


« Mon » loup a prĂ©levĂ© quelques bĂȘtes dans le troupeau cette annĂ©e-lĂ . La garde Ă©tait compliquĂ©e, car certaines bĂȘtes avaient du mal Ă  suivre le groupe, et ce sont elles qui ont Ă©tĂ© mangĂ©es. Je ne pouvais pas voir tout le troupeau car la garde avait lieu en forĂȘt, et la visibilitĂ© Ă©tait limitĂ©e. D’autre part, le troupeau avait tendance Ă  se couper et Ă  partir dans des directions diffĂ©rentes en plusieurs petits lots. Cinq ou six bĂȘtes ont Ă©tĂ© tuĂ©es cette annĂ©e-lĂ , et puis plus rien. Du jour au lendemain, le loup a fait son balluchon et est parti.


On m’a souvent demandĂ© si la prĂ©sence du loup m’avait effrayĂ©e. J’ai simplement Ă©tĂ© un peu plus vigilante quand Farouk allait faire son petit tour Ă  la tombĂ©e de la nuit, mais je me doutais qu’un loup prĂ©fĂ©rait mille fois de la viande de brebis Ă  celle d’un vieil American Staff. J’ai redoublĂ© de vigilance avec le troupeau, mais je n’ai jamais eu peur pour moi : le loup n’est pas dangereux pour l’homme, il le fuit et ne s’intĂ©resse qu’à des proies Ă  quatre pattes.


👉 Les chiens de protection, ces alliĂ©s indispensables :


La prĂ©sence de moyens de protection efficaces est indispensable si l’on souhaite que le pastoralisme perdure en montagne. La surveillance des bergĂšres et bergers est nĂ©cessaire, la mise en place de parcs de nuit Ă©lectrifiĂ©s l’est aussi. La prĂ©sence de chiens de protection est sans conteste la mesure de prĂ©vention qui fait le plus dĂ©bat auprĂšs du grand public, et pourtant elle reste la plus efficace. Il serait dommage que l’activitĂ© ancestrale que constitue le pastoralisme, dont la pratique extensive respecte davantage les besoins des animaux et l’environnement que l’élevage intensif, disparaisse peu Ă  peu au profit des activitĂ©s de loisirs Ă  cause de quelques randonneurs grognons qui ne supportent pas les chiens de protection. Ces derniers jours, nous avons croisĂ© des promeneurs respectueux des chiens qui ont appliquĂ© les conseils affichĂ©s sur les panneaux, et la rencontre s’est chaque fois dĂ©roulĂ©e sans heurt. Si l’on souhaite que les prĂ©dateurs soient prĂ©sents dans nos montagnes françaises, il convient d’accepter quelques contraintes, tant pour nous, bergers et bergĂšres, que pour tous ceux qui passent leurs vacances en altitude.


👉 En conclusion :


Il est clair que le plus grand prĂ©dateur du mouton, c’est l’homme, j’en suis la premiĂšre convaincue ! Tous comme les prĂ©dateurs sus-citĂ©s, et au vu de l’état de notre planĂšte, essayons d’ĂȘtre raisonnables sur la quantitĂ© de viande que nous consommons. Cela s’applique aussi Ă  la consommation de lait et de fromage puisque cette derniĂšre implique aussi l’abattage d’animaux. Mieux vaut acheter un produit carnĂ© par semaine, de qualitĂ© et produit en Ă©levage extensif par un agriculteur français, qu’un paquet de steaks premier prix !


Elsa Weiss / Cynopolis Formations

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