Chroniques dâalpage đ #2
- Cynopolis Elsa Weiss
- il y a 4 heures
- 5 min de lecture
ThĂšme #2 : LES PRĂDATEURS
Les prĂ©dateurs sont la principale raison de lâexistence des bergers. Bien que le berger ne puisse pas faire grand-chose si un prĂ©dateur dĂ©cide de croquer une brebis, son rĂŽle prĂ©ventif est capital, puisque câest lui qui rentre le troupeau Ă la nuit, sâassure quâaucune bĂȘte ne reste derriĂšre, sâoccupe des chiens de protection et vĂ©rifie tous les jours que le parc des brebis est correctement Ă©lectrifiĂ©. Si une bĂȘte peine Ă suivre les autres pendant la garde, le berger ou la bergĂšre peut aussi demander Ă ce que lâanimal soit redescendu en bergerie par lâĂ©leveur, car les prĂ©dateurs prĂ©lĂšvent en prioritĂ© les individus les plus fragiles et les plus en retrait du troupeau.
đ Qui sont les prĂ©dateurs du mouton ?
Les principaux prĂ©dateurs du mouton en France sont le loup, plus rarement le lynx (trĂšs dur Ă observer car extrĂȘmement discret), et lâours qui nâest prĂ©sent que dans les PyrĂ©nĂ©es. Des cas de vautours ou de sangliers mangeant une brebis ou un agneau ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© dĂ©crits, mais rien ne prouve que le mouton en question ne venait pas de mourir quand ils ont commencĂ© Ă le consommer. Dans tous les cas, sanglier et vautour ne peuvent pas ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des prĂ©dateurs, le premier Ă©tant principalement vĂ©gĂ©tarien et le second charognard. Ces deux espĂšces sont des nettoyeurs efficaces et indispensables en cas de dĂ©cĂšs dâune brebis en alpage. Les corbeaux aussi font partie des Ă©quarrisseurs de la montagne et ils prĂ©cĂšdent souvent lâarrivĂ©e des vautours. Enfin, le renard roux, de par sa petite taille et son mode de vie solitaire, ne peut pas prĂ©lever des animaux plus gros que des agneaux (et encore, si ces derniers ne sont pas de trop grande taille). En revanche, sâil tombe sur un animal fraĂźchement mort, il nâhĂ©sitera pas Ă en croquer un bout de cuissot.
đ Loup, y es-tu ?
Je nâai gardĂ© que dans les Alpes et je ne pourrai donc pas vous parler de lâours dont je connais trĂšs peu le comportement. Si certains bergers ou bergĂšres lâont dĂ©jĂ rencontrĂ©, je serais vivement intĂ©ressĂ©e par leur tĂ©moignage. En revanche, je connais un peu mieux le loup, auquel jâai eu affaire deux fois. Je dĂ©cris ces rencontres dans mon livre « Journal dâune BergĂšre », je ne vous ferai donc pas le rĂ©cit de ces expĂ©riences aujourdâhui.
Ce que jâen ai retenu, câest que le loup est un prĂ©dateur extrĂȘmement discret. Avant dâessayer de prĂ©lever une bĂȘte, il observe, et cela peut durer plusieurs jours. Il sâimprĂšgne des habitudes du berger et du troupeau, Ă©pie les chiens de protection et leurs stratĂ©gies de dĂ©fense. Et puis un beau soir, ou un beau jour (il y a trois ans, un loup a tentĂ© dâattraper un chevreau Ă quelques mĂštres de moi en pleine aprĂšs-midi), il tente sa chance. Le jour oĂč cela mâest arrivĂ©, le chien de protection du troupeau a surgi de nulle part et lâa fait fuir en quelques secondes. Je suis restĂ©e bouche bĂ©e devant la fulgurance et lâefficacitĂ© de son action. La nĂ©cessitĂ© de la prĂ©sence de chiens de protection auprĂšs des troupeaux ne fait aucun doute. Je rappelle que ces derniers nâont pas vocation Ă tuer les prĂ©dateurs, mais Ă les faire fuir en signalant leur prĂ©sence par des marquages urinaires et des aboiements. Sâils aperçoivent lâintrus, ils se contentent de charger puis ils retournent Ă leur troupeau. Ils ne dĂ©ciment pas la faune sauvage, contrairement Ă ce que lâon peut parfois lire. Ils nâont de toute façon pas lâendurance nĂ©cessaire pour courser des animaux sauvages Ă vitesse soutenue sur de longues distances (les chiens de protection feront lâobjet dâune prochaine chronique).
« Mon » loup a prĂ©levĂ© quelques bĂȘtes dans le troupeau cette annĂ©e-lĂ . La garde Ă©tait compliquĂ©e, car certaines bĂȘtes avaient du mal Ă suivre le groupe, et ce sont elles qui ont Ă©tĂ© mangĂ©es. Je ne pouvais pas voir tout le troupeau car la garde avait lieu en forĂȘt, et la visibilitĂ© Ă©tait limitĂ©e. Dâautre part, le troupeau avait tendance Ă se couper et Ă partir dans des directions diffĂ©rentes en plusieurs petits lots. Cinq ou six bĂȘtes ont Ă©tĂ© tuĂ©es cette annĂ©e-lĂ , et puis plus rien. Du jour au lendemain, le loup a fait son balluchon et est parti.
On mâa souvent demandĂ© si la prĂ©sence du loup mâavait effrayĂ©e. Jâai simplement Ă©tĂ© un peu plus vigilante quand Farouk allait faire son petit tour Ă la tombĂ©e de la nuit, mais je me doutais quâun loup prĂ©fĂ©rait mille fois de la viande de brebis Ă celle dâun vieil American Staff. Jâai redoublĂ© de vigilance avec le troupeau, mais je nâai jamais eu peur pour moi : le loup nâest pas dangereux pour lâhomme, il le fuit et ne sâintĂ©resse quâĂ des proies Ă quatre pattes.
đ Les chiens de protection, ces alliĂ©s indispensables :
La prĂ©sence de moyens de protection efficaces est indispensable si lâon souhaite que le pastoralisme perdure en montagne. La surveillance des bergĂšres et bergers est nĂ©cessaire, la mise en place de parcs de nuit Ă©lectrifiĂ©s lâest aussi. La prĂ©sence de chiens de protection est sans conteste la mesure de prĂ©vention qui fait le plus dĂ©bat auprĂšs du grand public, et pourtant elle reste la plus efficace. Il serait dommage que lâactivitĂ© ancestrale que constitue le pastoralisme, dont la pratique extensive respecte davantage les besoins des animaux et lâenvironnement que lâĂ©levage intensif, disparaisse peu Ă peu au profit des activitĂ©s de loisirs Ă cause de quelques randonneurs grognons qui ne supportent pas les chiens de protection. Ces derniers jours, nous avons croisĂ© des promeneurs respectueux des chiens qui ont appliquĂ© les conseils affichĂ©s sur les panneaux, et la rencontre sâest chaque fois dĂ©roulĂ©e sans heurt. Si lâon souhaite que les prĂ©dateurs soient prĂ©sents dans nos montagnes françaises, il convient dâaccepter quelques contraintes, tant pour nous, bergers et bergĂšres, que pour tous ceux qui passent leurs vacances en altitude.
đ En conclusion :
Il est clair que le plus grand prĂ©dateur du mouton, câest lâhomme, jâen suis la premiĂšre convaincue ! Tous comme les prĂ©dateurs sus-citĂ©s, et au vu de lâĂ©tat de notre planĂšte, essayons dâĂȘtre raisonnables sur la quantitĂ© de viande que nous consommons. Cela sâapplique aussi Ă la consommation de lait et de fromage puisque cette derniĂšre implique aussi lâabattage dâanimaux. Mieux vaut acheter un produit carnĂ© par semaine, de qualitĂ© et produit en Ă©levage extensif par un agriculteur français, quâun paquet de steaks premier prix !
Elsa Weiss / Cynopolis Formations
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