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La frustration fait partie de la vie

Mettre en place des situations artificielles visant à frustrer le chien pour qu’il apprenne à se contrôler est à mon sens plus néfaste que bénéfique, et en tout cas pas franchement utile. Pourquoi ? Parce que la frustration fait partie intégrante de la vie du chien, sûrement davantage encore que de celle d’un humain. Nos chiens sont des animaux captifs (même si nous les traitons bien et qu’ils ne souhaitent pas nécessairement aller voir ailleurs, ils n’en sont pas moins captifs) dont nous décidons à peu près de tous les aspects de l’existence. Ils ne choisissent pas quand ils mangent ni ce qu’ils veulent manger, ils ne choisissent pas quand ils sortent, ils ne peuvent pas aller où ils veulent en promenade, ils ne peuvent que rarement dormir où ils souhaitent, etc.


Encore une fois, bien sûr qu’on ne peut pas tout laisser faire à nos chiens. Pour la sécurité de tous, y compris la leur, garder nos chiens sous contrôle est indispensable. Les accompagner au quotidien et renforcer tout ce qu’ils font de « bien » peut aussi nous faciliter l’existence sans entacher leur qualité de vie. Par exemple, attendre qu’ils aient les quatre pattes au sol pour obtenir leur gamelle ; leur ouvrir la porte pour aller en promenade au moment où ils cessent de la gratter ; leur offrir ce qu’ils veulent quand ils cessent d’aboyer pour l’obtenir, etc. Je préfère, à titre personnel, enseigner les « bons » comportements en capturant tout simplement ces derniers et en donnant à mes chiens ce qu’ils souhaitent quand, spontanément, ils m’offrent l’attitude souhaitée. L’apprentissage est ainsi dix fois plus rapide qu’un apprentissage plus artificiel, comme enseigner au chien à s’asseoir pour obtenir sa gamelle. Le chien comprend extrêmement vite ce qu’il doit faire quand il a proposé un comportement de lui-même et que ce dernier a été renforcé par ce qu’il désirait à l’instant T.


Concernant la frustration, c’est un peu la même chose. Apprendre à gérer sa frustration se fait en situation réelle. Très vite, le chien doit apprendre à ne pas aller voir tous ses congénères, à suivre les déplacements de son humain, à ne pas se jeter sur toute la nourriture qui traîne au sol… Pourquoi en rajouter à la maison ? Je ne suis vraiment pas friande de ces mises en situation qui consistent par exemple à faire attendre le chien avec la gamelle sous son nez. Non seulement cela provoque souvent l’effet inverse de celui que l’on souhaite (le chien se rue deux fois plus vite sur sa nourriture), mais en plus, il peut s’agir d’une vraie torture pour lui. Manger est un besoin primaire, c’est une affaire sérieuse pour n’importe quel animal. Franchement, est-ce qu’on s’amuserait à tendre un bonbon à un enfant en bas âge et à lui demander d’attendre un signal libératoire pour le manger ?


Aider votre chien à gérer sa frustration en situation réelle vous demandera beaucoup d’énergie. À lui, elle demandera un effort d’adaptation quotidien, parce que notre monde humain est pour lui une somme de frustrations de toutes sortes. Est-ce vraiment la peine d’en rajouter une couche ? Si vous souhaitez mettre en place des exercices à la maison, optez plutôt pour des jeux avec votre chien : de la détection, ou des tricks s’il aime ça. Il apprendra beaucoup plus par le biais de ces activités ludiques (à attendre, à se concentrer, à arrêter une activité aimée…) qu’avec des mises en situation artificielles et ennuyeuses.


(Petite précision : dans mon livre « Dans la Tête du Border Collie », j’explique comment il est possible de mettre en place, par le biais de jeux de lancers, des exercices visant à stopper le chien ou à lui apprendre à rester en place alors que la balle roule sous son nez. L’objectif n’est pas là d’apprendre au chien à gérer sa frustration, mais de combler et canaliser le besoin de gestion du mouvement de cette race bien particulière qu’est le Border Collie).


Elsa Weiss / Cynopolis

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