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Chroniques d’alpage 🐑 #5

24 sept.
5 min de lecture

Thème #5 : LES CABANES


cabane du berger fait tout autant partie du folklore du pastoralisme que les brebis en elles-mêmes, le crochet ou le chien. De la cabane pastorale en bois du début du 20ème siècle à la tiny house moderne, j’ai eu la chance (ou pas !) de pouvoir passer bien des nuits dans ces lieux d’habitation singuliers.


👉 Aucune cabane ne ressemble à une autre :


Ma première cabane d’alpage, en 2020, était une cabane héliportable. J’étais la toute première bergère sur cette montagne, et il n’y avait pas encore de cabane définitive installée sur place. C’était une toute petite cabane de quelques mètres carrés, équipée du confort minimal, et qui, comme indiqué plus haut, était conçue pour pouvoir être déplacée par hélicoptère et déposée sur les alpages les plus difficiles d’accès. Elle comprenait une couchette, une étagère, une tablette et un réchaud à gaz. Un petit panneau solaire me permettait d’allumer une lampe et de recharger mon téléphone (qui ne me servait pas à grand-chose puisqu’il n’y avait aucun réseau sur la montagne). Je n’avais pas de toilettes ni d’eau à la cabane. Un petit torrent coulait à proximité et me servait à me doucher et à remplir des bidons d’eau pour faire mon café, cuire mes pâtes et faire boire mes chiens et les chiens de protection.


J’ai adoré cette cabane : c’était ma toute première expérience en estive et je me fichais comme d’une guigne d’être logée dans une cabane 4 étoiles. Mais je n’ai eu que du beau temps ou presque, et les nuits très froides ont été peu nombreuses. Un berger ne peut pas passer une saison entière dans ce type d’abri d’appoint : en fin de saison, quand l’automne arrive, il peut pleuvoir des cordes pendant des jours et la température est souvent proche de zéro la nuit et au petit matin. Se laver sous la cascade devient alors impossible, et se lever la nuit pour aller faire pipi sous la pluie rend les conditions d’hébergement bien moins agréables qu’en juillet ou en août.


Sur mes alpages suivants, j’ai été logée dans des abris chaque fois différents : en cabane en bois neuve tout confort, avec douche (et eau chaude, ce qui est loin d’être toujours le cas !), frigo et même petit four. J’ai passé un autre été en caravane, un suivant en tiny house, un autre dans une ancienne cabane particulièrement vaste mais difficile à chauffer (le berger sur place, que j’étais venue aider, avait passé son début de saison avec à peine plus de 5 degrés dans la cabane au réveil…).


👉 Un confort rudimentaire… voire absent :


Les conventions collectives mises en place dans de nombreux départements où l’élevage ovin est développé précisent les obligations de l’éleveur employeur en termes de logement. Cependant, l’éleveur est souvent lui-même soumis à des contraintes extérieures : en fonction de l’identité du gérant de l’alpage (la commune, un parc national, l’ONF…), les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Les problèmes administratifs ou financiers sont fréquents et retardent parfois le bon équipement de la cabane. Le confort minimal censé être fourni au berger en place n’est donc pas toujours au rendez-vous.


👉 Mouches, pince-oreilles et réveils glacials :


C’est ainsi que je décrirais à quoi ressemble la vie en cabane d’alpage si je devais le faire en quelques mots.


D’abord, les mouches : elles sont TOUJOURS présentes, et plus le parc de nuit du troupeau est proche de la cabane, plus elles sont nombreuses. Sans une bonne moustiquaire, elles peuvent vite rendre le berger fou. Leurs bourdonnements incessants sont infernaux, et leur manie de toujours vouloir se poser sur les parties découvertes du corps rend parfois le repos impossible dans la journée (les nuits sont courtes en alpage, et les bergers profitent souvent de la chôme des brebis pour récupérer de leur manque de sommeil chronique). J’ai connu une estive où il y avait tant de mouches que je m’étais résignée à partager le contenu de mon assiette avec une dizaine d’entre elles, car elles rappliquaient dès qu’elles sentaient de la nourriture. Les chasser ne servait à rien puisqu’elles revenaient se poser sur mon repas dans la demi-seconde. Heureusement, les mouches se mettent en « pause » la nuit : elles ne bougent plus, ne font plus de bruit et permettent enfin à la bergère ou au berger de dormir en paix.


Et puis, comme si ce n’était pas suffisant, il y a les taons : sur certains alpages, ils sont gros comme le pouce et ils s’acharnent sur les jambes du berger qu’ils couvrent de piqûres. Mouches et taons s’en prennent aussi aux chiens : ces derniers terminent souvent l’été avec le bout des oreilles et la truffe abîmés par les insectes.


Sur plusieurs estives, j’ai aussi appris à partager ma cabane (et mon lit !) avec de nombreux pince-oreilles. Ces derniers apprécient particulièrement de se glisser dans les draps, et il faut apprendre à dormir avec eux si l’on ne veut pas gaspiller son temps et son énergie à les chasser. Heureusement, ils sont parfaitement inoffensifs et ils n’ont d’ailleurs jamais pincé l’oreille de quiconque. Il est en tout cas impératif de ne pas avoir la phobie des insectes si l’on souhaite travailler en alpage.


Enfin, en cabane d’alpage, les matins sont souvent froids. Il n’est pas rare que la température descende à quelques degrés au-dessus de zéro pendant la nuit. L’amplitude thermique en altitude est considérable : il peut faire 30 degrés en journée et 5 degrés la nuit. Se lever avec moins de 10 degrés le matin n’est pas toujours très engageant, mais heureusement, le travail avec les brebis réchauffe l’organisme dès le début de la journée.


👉 En conclusion :


J’adore découvrir l’endroit où je vais vivre quand j’effectue un contrat en estive. Certaines cabanes ont un charme pastoral unique. D’autres sont moins glamour et demandent un vrai aménagement si l’on souhaite s’y sentir à peu près bien pendant le temps du contrat. D’autres sont limite insalubres, mais heureusement, elles se font de plus en plus rares. Dans tous les cas, les conditions de vie d’une bergère ou d’un berger restent spartiates, et il faut être prêt à endurer le froid, les insectes et des conditions de confort minimales pour travailler en alpage. L’avantage, c’est que l’on réapprend à chérir les petites choses, comme une couverture chaude, un café bouillant et simplement le fait d’avoir un toit sur la tête quand il pleut des trombes d’eau dehors. La vie en alpage nous réconcilie avec les plaisirs simples de la vie, et une situation banale en plaine peut devenir un véritable moment de réconfort en montagne.


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🐕 Mon livre DANS LA TÊTE DU BORDER COLLIE est disponible ici : https://shorturl.at/IH3Y2


Elsa Weiss / Cynopolis Formations

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