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Ce p’tit cri aigu… qui fait des dégâts.

Dernière mise à jour : 14 juin 2023

Lorsque nous gérons des chiens en groupe, ma collègue Laura du centre d’éducation et moi le redoutons particulièrement. Nous avons passé des journées avec des chiens en nombre conséquent sans aucun heurt, et d’autres jours, il a suffi qu’il retentisse pour que notre taux d’adrénaline monte en flèche. Lorsque nous l’entendons, nous sommes capables de traverser le terrain d’éducation en un temps record pour attraper les chiens qui y sont sensibles. Celui que nous appréhendons toujours, ce son qui à la fois nous glace le sang et nous pousse immédiatement à l’action, c’est ce "p’tit cri aigu".


Si vous avez côtoyé beaucoup de chiens en groupe dans votre vie, vous avez sûrement déjà vécu cette scène : vous êtes en promenade en forêt, tout se passe à merveille, les chiens s’entendent bien et ont adopté une bonne dynamique de groupe. Ils trottinent côte à côte, explorent le sous-bois, reniflent les odeurs qui parsèment le chemin. L’un d’entre eux déniche alors une pomme de pin particulièrement dodue, un autre s’amuse à essayer de la lui voler. Ça se dispute gentiment, puis très vite, ça dégénère en véritable bagarre. Les querelles canines sont généralement anodines, sauf que là, l’un des protagonistes reçoit un coup de croc mal placé près de la truffe, organe particulièrement sensible chez le chien. Il se met à pousser un cri à vous glacer les entrailles, et là, alors que tout le monde cohabitait quelques secondes plus tôt, plusieurs chiens se jettent sur lui. Terrifiée, la victime continue de hurler et, au lieu de prendre en compte ses cris qui sont pourtant sans équivoque (c’est presque comme si on pouvait l’entendre hurler « au secours ! »), les autres chiens se déchaînent encore davantage, comme s’ils n’avaient soudain qu’une idée en tête : achever leur malheureux congénère.


Nous avons assisté plus d’une fois à ce comportement, heureusement sans conséquences dramatiques pour la victime, car nous réagissons immédiatement si ce « p’tit cri aigu » retentit. Il est vrai que la plupart des querelles de chiens cessent d’elles-mêmes et qu’il est préférable d’éviter d’intervenir au risque d’envenimer la situation, mais dans un cas comme celui que je viens de vous décrire, les animaux perdent totalement le contrôle d’eux-mêmes et peuvent aller jusqu’à tuer le chien qui hurle. Ce « p’tit cri aigu » semble réveiller leur instinct de prédation et notamment leur patron-moteur de mise à mort, comme si le chien hurleur passait du stade de canidé à celui de petite proie.

Je n’ai pas eu beaucoup d’occasions de lire des témoignages de ce genre de scène, que je trouve pourtant (tristement) intéressante à étudier.


D’après ce que j’ai pu constater, certaines races qui ont naturellement une morsure tenue, comme les chiens courants, les terriers de type Bull, les molosses et les Malinois semblent plus enclins à présenter ce comportement. Mais attention, ne généralisons pas, tous les individus de ces types raciaux ne le font pas ! À noter que même un individu capable de communiquer parfaitement avec ses congénères peut réagir à ce « p’tit cri aigu », comme si ce dernier supplantait d’un instant à l’autre toute autre information dans le cerveau de l’animal et provoquait chez lui une déshinibition sociale totale.


J’ai observé ce comportement chez de très jeunes chiens également. Il semblerait donc avoir des origines génétiques même s’il se renforce au fil des répétitions. Il est bien entendu amplifié par l’effet de groupe. Le contexte de la survenue du « p’tit cri aigu » semble jouer un rôle : les chiens commençant à être tendus si une bagarre survient, ils sont plus enclins à bondir si le cri retentit. Mais j’ai déjà vu des chiens pousser ce cri dans un contexte tout autre (chien qui court, se fait mal et pousse un long cri de douleur) et cela a aussi déclenché une réaction d’agression généralisée. Si l’on peut parler de mobbing (agression de groupe), certains chiens réagissent aussi très violemment à ce « p’tit cri aigu » alors qu’ils sont seuls avec celui qui hurle.


Un phénomène qui mériterait qu’on l’étudie, et surtout à prendre en compte si vous organisez des promenades avec plusieurs chiens.


Elsa Weiss / Cynopolis

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