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Dr Jekyll et Mister Beagle !


Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il existe un fossé entre l'image que l'on se fait couramment du Beagle et sa véritable personnalité. Le Beagle constitue une exception au sein du groupe 6 (celui des chiens courants) de la nomenclature des races de la FCI. Les chiens courants sont employés quasiment exclusivement pour la chasse, et n'ont jamais conquis nos salons ; ils sont très peu adaptés à la compagnie et sont pour la plupart inconnus du grand public. Qui a déjà entendu parler du Porcelaine, du Billy, du Français ou du Brachet polonais ? Le Beagle, en revanche, avec sa bonne bouille et sa petite taille, est devenu ces dernières années l'un des chiens préférés des Français. On imagine souvent les chiens de taille modeste plus simples à gérer au quotidien, moins demandeurs de sorties que les plus grands et plus faciles à éduquer même pour les personnes néophytes.


Il est faux de croire qu'un petit chien est plus facile à gérer qu'un chien plus grand. Certes, un Boxer qui tire en laisse, ne revient pas au rappel ou se montre réactif avec ses congénères causera davantage de problèmes à ses propriétaires qu'un Bichon maltais présentant les mêmes soucis. Mais la différence s'arrête là. Quelle que soit sa taille, un chien est un chien avec un mode de pensée canin, et cela qu'il s'agisse d'un Doberman ou d'un Carlin. Le Beagle, notamment, est la preuve vivante qu'on peut se tromper du tout au tout au sujet des petites races. Car c'est là que le bât blesse : alors que le Beagle devrait être choisi pour tenir compagnie à des personnes de préférence sportives, ayant déjà un autre chien si possible et bénéficiant de solides connaissances en matière d'éducation canine (car le Beagle est difficile à éduquer, qu'on se le dise !), il est souvent sélectionné par des humains débutants qui ne sont pas suffisamment informés au sujet de la race et se retrouvent à subir de la part de leur chien toute une palette de comportements indésirables.


Dans ce domaine, Monsieur Beaglou sait se montrer particulièrement inventif : fugues à répétition, aboiements intempestifs, destructions lorsqu'il est laissé seul avec ingestion possible d'objets divers tels que chaussettes, morceaux de tongs et autres joyeusetés, obéissance inexistante, ingurgitation du contenu de vos placards ou de son paquet de croquettes laissé négligemment à sa portée. L'avantage, quand on a un Beagle, c'est qu'on apprend vite à toujours refermer les portes et débarrasser la table après le repas !


Car le Beagle est un sacré débrouillard : quand il veut quelque chose, il l'obtient. Oubliez l'idée de pouvoir laisser traîner de la nourriture sur les plans de travail. J'ai connu un Beagle qui escaladait le frigo pour atteindre le bocal à biscuits qui était posé dessus ! En bon chien de groupe, le Beagle a dans les gènes cette habitude d'engloutir toute nourriture qui se trouve sur son chemin avant qu'elle ne tombe dans la gueule de ses camarades de meute. Ne vous acharnez pas à essayer de lui faire passer cette fâcheuse manie : vous vous y casseriez les dents. Prenez plutôt l'habitude de mettre vos denrées alimentaires à l'abri. Ne pensez pas que votre Beagle est « voleur » : se saisir d'un quignon de pain qui dépasse de la table est pour lui une opportunité, et non un vol. Chez les chiens, voler équivaut à subtiliser un aliment directement entre les pattes d'un congénère, et bien peu de toutous s'y risquent. Mais consommer un aliment laissé de côté n'est pas considéré comme du vol par nos amis canins.


L'atavisme de chien de meute du Beagle le pousse à rechercher le contact avec ses congénères. Il est rare qu'un Beagle soit réactif envers les autres chiens : au contraire, il communique souvent très bien et a un don pour se faire des amis ! Un Beagle peut vivre sans autre chien à la maison, mais il faut savoir qu'il supportera souvent assez difficilement de rester seul. La présence d'un congénère est un plus. Si votre Beagle est votre seul chien, évitez de le laisser seul pendant de longues heures ou il pourrait faire entendre à tout le quartier sa belle voix de stentor, et vous attirer les foudres de tous les voisins. Pire encore, si vous le laissez dans le jardin, il pourrait trouver LA faille, celle qui lui permettrait d'accéder à ce qu'il chérit le plus au monde : la liberté ! Et si faille il y a, Beagle la trouvera.


C'est pourquoi le Beagle a besoin, tous les jours de sa vie pendant quinze années, de grandes promenades quotidiennes de préférence en forêt, en liberté si vous avez suffisamment travaillé son rappel et que son instinct de chasse n'est pas trop développé, ou en longe de 20m à 30m (le Beagle est un chien « à grand périmètre », contrairement aux bergers par exemple qui s'éloignent généralement peu de leurs humains). Courir le nez au sol, c'est son plus grand plaisir ! Une heure par jour est un grand minimum, qu'il vive en maison ou en appartement, le Beagle étant l'une des races les plus sportives au monde. Vous ne fatiguerez jamais un Beagle... mais vous pourrez au moins satisfaire son besoin d'exploration et de dépense physique, et ainsi réduire les dégâts qu'il pourrait infliger à votre salon. Et puis, quoi de mieux que le bonheur partagé d'une longue promenade en forêt...


Enfin, si le Beagle est capable d'intégrer tous les apprentissages possibles du moment qu'ils sont motivants (heureusement, il est très gourmand!), ne vous attendez pas à ce qu'il vous obéisse au doigt et à l'oeil sans regarder d'abord autour de lui s'il n'y a pas mieux à faire. C'est aussi ce côté cabotin qui fait son charme ! Et puis, le Beagle, comme tous les chiens courants, a été sélectionné à l'origine pour sa capacité à poursuivre un gibier de manière totalement autonome. Ce sont les chasseurs qui suivent les limiers et non pas le contraire : ils les repèrent d'ailleurs à leur voix et à leur queue souvent blanche à l'extrémité et portée droite comme un fanion. La capacité à obéir des Beagles n'a donc jamais été un critère de sélection. Vous pourrez rétorquer cela à votre ami qui vous taquine parce que son Border collie le suit partout sans laisse tandis qu'en promenade, votre Beagle semble attiré comme un aimant par tout et n'importe quoi, sauf votre personne.


Si le futur acquéreur d'un chien de race Beagle prend en compte tous ces travers bien spécifiques aux chiens de vénerie, et qu'il s'engage à combler les énormes besoins de son chien en matière de dépense physique et d'exploration, s'il est un amoureux des grands espaces et que les journées pluvieuses, la boue, les tiques et l'odeur de chien mouillé dans le coffre de la voiture ne le rebutent pas, alors oui, il peut foncer ! Vivre aux côtés d'un Beagle est une aventure de tous les jours et il est impossible de se lasser de ses pitreries. Comme je l'ai souvent entendu dire de la bouche des personnes qui ont véritablement saisi l'essence de ce chien : « Beagle un jour, Beagle toujours ! ».


Elsa Weiss / Cynopolis

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