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Chiens des villes, chiens des campagnes

Il y a deux ans, j’ai déménagé à la campagne avec mes trois chiens. Après avoir vécu en milieu urbain -même si heureusement, la campagne n’était pas loin et que je pouvais y promener mes chiens quotidiennement- j’ai pu observer le comportement des chiens en milieu moins stimulant, et cela s’est avéré très intéressant. Les agissements des chiens des villes et des chiens des campagnes présentent de nombreuses divergences, ce qui corrobore le fait que l’environnement dans lequel ils vivent a un impact considérable sur leur comportement.


Commençons par le commencement : quels types de chiens trouve-t-on dans nos campagnes ? Pas les mêmes qu’en ville, assurément. Je croise par exemple beaucoup moins de chiens de race : sûrement qu’en milieu urbain, l’impact du regard des autres importe dans le choix de son compagnon et l’on va davantage s’orienter vers un chien correspondant à l’image que l’on souhaite renvoyer de sa propre personne. Mais ce n’est là qu’une interprétation personnelle. Ici, il y a pas mal de chiens croisés. Cela dit, la population n’étant pas spécialement aisée, le coût d’un chien LOF est sûrement élevée pour la plupart des habitants qui se tournent plutôt vers la portée de la chienne du voisin. Quelques-uns sont tout de même des chiens de race, notamment des Borders et d’autres races à la mode actuellement. En revanche, je ne vois pas de races que l’on croise beaucoup en milieu plus urbanisé, comme le Shiba ou l’Akita que l’on voit assez souvent à Bordeaux, par exemple. Ces races semblant s’adapter plus facilement au milieu urbain que les bergers hypersensibles au mouvement et au bruit, et acceptant relativement bien la vie en ville si l’on prend la peine de combler leurs besoins et de les emmener faire de longues promenades dans des endroits calmes régulièrement, je dirais qu’il s’agit plutôt une chose positive : cela signifie peut-être que les propriétaires de chiens réfléchissent davantage au choix de la race avec laquelle ils vont partager leur existence qu’ils ne le faisaient il y a quelques années.


Concernant le comportement des chiens que je croise à la campagne, j’ai remarqué qu’ils semblaient globalement plus calmes et moins sur-stimulés que certains ne le sont en milieu urbain. Mais qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit : je trouve cela extra de sortir son chien tous les jours et faire prendre conscience de cela aux propriétaires de toutous est même mon combat quotidien. Mais les chiens qui sortent uniquement dans des rues passantes, qui sont lâchés dans des parcs canins bondés tous les soirs et à qui on lance la balle à longueur de temps pour les « défouler » parce qu’ils ne peuvent pas bénéficier des grands espaces de la campagne, sont parfois dépassés par leurs émotions, n’ayant jamais la possibilité de faire baisser leur taux de cortisol.


En revanche, si les chiens que je croise en promenade paraissent globalement plus stables émotionnellement que les chiens vivant en ville, encore faut-il qu’ils sortent ! Car il faut l’avouer, les chiens « campagnards » ne sont que très peu à connaître le bonheur de sortir de leur jardin ! Le constat est affligeant. Beaucoup sont uniquement des « chiens de jardin » sous-stimulés, qui n’ont pour seule occupation que d’aboyer comme des fous-furieux derrière leur portail quand ils aperçoivent un autre chien au-dehors. Bon, en ville, c’est aussi le cas, mais comme une certaine proportion de chiens vit en appartement, les dommages sont limités : quand on vit en appartement, point de flemme possible, il faut sortir Médor plusieurs fois par jour si l’on ne veut pas qu’il lève la patte sur le balcon. À la campagne, je constate aussi une maltraitance passive due à des pratiques anciennes, dont on sait désormais qu’elles sont délétères pour le bien-être d’un animal aussi évolué que le chien : chien Verisure laissé à l’abandon dans le jardin même si ses propriétaires s’absentent un week-end (un système d’alarme coûte pourtant moins cher…), chiens qui vivent en chenil et n’en sortent que pendant la saison de la chasse, chien vivant enchaîné en permanence…


Chez mes propres chiens, j’ai observé de grosse différences entre leur comportement maintenant et celui qu’ils présentaient quand nous vivions en ville. Farouk, mon American Staff, est un être très social qui adore communiquer avec ses congénères, que ce soit en direct ou en différé, par le biais des odeurs laissées au cours des promenades. Je pense sincèrement qu’il préférait la ville à la campagne, où les odeurs canines étaient beaucoup plus nombreuses. Il aime les promenades à la campagne, mais il semble s’en lasser assez vite. Mes deux Borders, au contraire, y sont aux anges : ils prennent un plaisir immense aux courses-poursuites dans les prés, et ils ne sont pas submergés par les stimulations de la ville (bruit des voitures, passage de piétons, de vélos…). Ils ne sont pas contraints de croiser des chiens partout -les Borders ne sont pas toujours très portés sur les congénères, sauf s’ils peuvent les « conduire » comme des moutons 😉- et je les sens plus stables émotionnellement.


Si le milieu campagnard est indéniablement plus adapté aux chiens, et si seule une petite proportion d’entre eux s’adapte véritablement au milieu urbain, il n’y a donc pas que du bon pour les toutous dans la vie à la campagne. Les deux environnements peuvent apporter des éléments de vie intéressants à nos chiens, pour peu que l’on ait bien choisi son compagnon dès le départ (et pas sur la taille du chien comme on peut l’entendre encore aujourd’hui ! Un très gros chien calme s’adapte souvent plus facilement à une vie en ville et/ou en appartement qu’un Border de 17 kilos sélectionné depuis toujours pour réagir à ce qui bouge), et qu’on lui offre régulièrement de longues sorties apaisantes en milieu plus calme.


Le chien n’est donc pas spécialement « heureux là où son maître se trouve » -si vous suivez cette page, vous savez que je ne suis pas friande de ce genre de lieu commun anthropocentré. N’oublions pas que le chien est un animal, et que le milieu urbain est une invention de l’homme dans laquelle même ce dernier ne se trouve pas toujours à son aise. Le choix d’un chien devrait donc s’opérer sur la disponibilité que son humain pourra lui accorder, les activités qu’il souhaite pratiquer avec lui, son niveau d’énergie (quasiment jamais pris en compte dans le choix d’une race, malheureusement), mais aussi le milieu dans lequel il va évoluer. Et ne pensez pas que, parce qu’un chien vit en ville depuis tout petit, « il s’adaptera ». Encore une fois, soyons raisonnables et mettons toutes les chances de notre côté en choisissant notre compagnon canin non pas sur des critères physiques, mais sur sa capacité à s’adapter à notre cadre de vie.


Elsa Weiss / Cynopolis Formations

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