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« Si on vous écoutait, plus personne ne prendrait de chien ! »

Quand j’évoque dans mes articles la nécessité de combler les besoins de son chien, quand je parle du fait qu’un chien demande de la disponibilité, du temps de qualité passé avec son humain, des promenades pour combler ses besoins exploratoires et olfactifs, il m’arrive d’observer dans les commentaires la réponse suivante : « Si on vous écoutait, plus personne ne prendrait de chien ! ». Bon, heureusement, ce genre de commentaire est sous-représenté, car vous êtes nombreux, sur cette page, à être capables de faire preuve d’un minimum de bon sens et de mesure, et je vous en remercie infiniment.


Quant à ce genre de commentaire, ma foi… J’aimerais parfois qu’il reflète la réalité ! Cela signifierait que davantage de personnes seraient prêtes à renoncer à l’envie de partager leur vie avec un chien, sachant qu’elles ne pourraient pas le rendre heureux. Je ne vois rien de négatif là-dedans, bien au contraire ! Nous vivons dans une société de consommation et notre volonté de « posséder » s’étend à nos animaux de compagnie. On regarde « Game of Thrones », il nous faut un chien-loup. On est confiné, on s’ennuie, achetons donc ce chiot berger australien dont nous rêvons depuis longtemps ! Après tout, ce n’est pas demain la veille que nous reprendrons le travail, nous verrons bien ce que nous en ferons à ce moment-là. Nous faisons un tour au salon du chiot, et nos enfants réclament ce petit bouvier bernois qui ressemble à une peluche. Nous n’avons aucune connaissance en matière de chiens, mais ça ne doit pas être si compliqué, et puis ça complètera notre joli tableau familial.


Bref, vous saisissez l’idée. Il n’y a jamais eu autant de chiens qu’aujourd’hui. Je vais être honnête, je n’ai pas les chiffres exacts, d’ailleurs personne ne les détient, mais cela crève les yeux. Il y a des chiens partout, mais pas souvent aux bons endroits. Dans notre commune, la plupart vocifèrent derrière des portails toute la journée. Quelques-uns ont la chance de sortir de chez eux, mais ce sont toujours les mêmes que nous croisons. Les autres sont condamnés à vivre toute leur vie dans une prison dorée. Et finalement, qui se satisfait de cette relation ? Ni le chien, ni le maître qui en a peut-être profité les premiers mois, mais dont le chien a fini par devenir un boulet. Ou pire, un fantôme : celui qui est là, qui erre parmi les pièces de la maison, mais qu’on ne voit plus. Une gamelle de croquettes et deux sorties pipi dans le jardin par jour sont les seuls événements de sa journée, et l’attention, les jeux, les sorties, tout cela n’existe plus.


La surconsommation est un fléau. Si nous nous contentions de moins, le monde serait indéniablement plus beau. Notre envie d’avoir, de posséder, nuit à nos animaux de compagnie -et à notre propre espèce. L’impression que nous avons tous les droits, et que si nous avons envie d’un chien, personne ne peut nous en empêcher (ce qui est vrai), est pire que tout. J’ai envie d’un border, je prends un border. Peu importe si ma vie lui conviendra ou pas. J’ai envie d’un malinois, je prends un malinois. S’il sera heureux ? Je m’en fiche pas mal, après tout, je ne vais quand même pas lui demander son avis sur la question.


« Si on vous écoutait, plus personne ne prendrait de chien ! »… Mais j’en rêve ! Je rêve que davantage de personnes réfléchissent avant de prendre un animal, qu’elles mettent tout en œuvre pour lui offrir une qualité de vie décente et qu’elles prennent en compte le fait qu’il faudra s’occuper de lui pendant quinze ans. Et si elles doivent y renoncer parce qu’elles savent qu’elles ne pourront pas rendre un animal heureux, n’est-ce pas là une grande preuve de sagesse ?


(De gauche à droite sur la photo, mes trois chiens, Indy, Farouk et Sirius. Sont-ils heureux ? Je l’ignore. J’essaie de tout mettre en œuvre pour leur offrir une vie riche et intéressante, mais je ne suis pas une gardienne parfaite. Cependant, je sais que vivre avec des chiens est une somme de contraintes -dont celle de sortir sous la pluie depuis maintenant quatre mois 😁- et j’essaie de ne pas me défiler, parce qu’ils sont des êtres vivants avec des besoins, qu’ils n’ont pas demandé à vivre avec moi, et que c’est le minimum que je leur doive).


Elsa Weiss / Cynopolis

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