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Pourquoi le travail sur troupeau peut être déstabilisant pour les conducteurs novices (partie 2)

Ceux et celles qui pratiquent le troupeau savent à quel point les qualités génétiques de leur chien de travail sont importantes, car pour le former, on va se baser sur ce qu'il est capable de proposer naturellement. C'est un peu la même chose dans toutes les disciplines canines, me direz-vous, mais je trouve que c'est encore plus probant au troupeau.


Tout le monde rêve d'un chien avec un excellent sheep sense, de belles ouvertures, juste ce qu'il faut d'oeil, de l'impact allié à une souplesse de caractère permettant un dressage aisé, et de la vitesse combinée à du sang-froid et de vraies capacités de réflexion en situation difficile.

Sauf que voilà, on a le chien qu'on a.

On peut certes développer certaines aptitudes naturelles et en atténuer d'autres, mais la génétique du chien de troupeau est la boule de pâte avec laquelle on va modeler le gâteau. Si elle est au chocolat, on n'en fera pas un cake au citron.


On ne choisit pas le tempérament de notre futur chien. Même en sélectionnant soigneusement sa lignée, on ne peut pas prévoir à 100% quelles seront les aptitudes du chien. Sur une même portée, on n'aura pas deux chiots identiques. Il faut faire avec la loterie génétique.

Mais le chiot non plus ne choisit pas son futur conducteur. Et lui aussi va devoir faire avec. C'est là que les choses se corsent : certains binômes fonctionnent bien, d'autres non.

Un conducteur trop dur aura des difficultés à mener un chien sensible.

Un conducteur timoré sera vite en échec avec un chien trop motivé.

Un conducteur anxieux ne fera pas toujours bon ménage avec un chien nerveux.


Moi-même, j'ai toujours été en difficulté avec Sirius. J'ai souvent fait part de mes mésaventures au fil de mes articles. Sirius est un chien extrêmement motivé au troupeau, il est rapide, il a juste ce qu'il faut d'oeil, de belles ouvertures, bref, il coche plusieurs des caractéristiques du chien de troupeau parfait décrit ci-dessus.

Sauf que Sirius est extrêmement nerveux. Il lui est difficile de travailler en étant parfaitement détendu, et il est prêt à partir sur les chapeaux de roue au moindre micro-mouvement de l'humain qui le conduit. Sirius est un chien chaud, il l'était dès son plus jeune âge et avant même que je le mette au troupeau. À deux mois, on le surnommait déjà "Forrest Gump" (pas parce qu'il était limité intellectuellement, mauvaises langues ! Mais parce qu'il courait tout le temps). Cela fait partie de son tempérament, et je n'en suis pas responsable. Mais, là où un conducteur calme et sûr de lui aurait sûrement fait des merveilles avec ce chien, j'ai fait beaucoup d'erreurs et surtout, étant d'un tempérament nerveux moi-même, je n'ai pas contrebalancé sa tendance à chauffer en présence des moutons. Aujourd'hui, notre relation au travail reste instable et certaines de nos séances sont encore calamiteuses, parce qu'il est très difficile de déconstruire toutes les erreurs commises par le passé. On y travaille, mais ce n'est pas le sujet : ce que j'essaie de vous expliquer ici, c'est que ce qui est particulièrement difficile au troupeau, c'est le fait de devoir composer avec le tempérament du chien, mais aussi avec le nôtre, dans une situation de prédation où il n'est pas permis de grosses marges d'erreur.


Un conducteur très expérimenté rencontrera de moins en moins de difficultés au cours de sa carrière, car il aura suffisamment confiance en lui pour contrebalancer les « défauts » de chaque chien et surtout, apaiser les animaux (chiens et moutons) par sa maîtrise de toutes les situations.

Quand j'ai eu Sirius, je n'avais eu qu'un seul chien de troupeau avant lui : mon vieil Indy, trois-quarts Border, un quart Colley. J'étais quasiment novice, et mon manque de confiance en moi combiné au tempérament nerveux et excitable de Sirius nous a fait défaut. Mais c'est aussi grâce à Sirius que j'ai appris le plus, et l'avantage, c'est que les chiens que j'ai eu l'occasion de faire travailler par la suite ne m'ont jamais semblé aussi compliqués.

Alors oui, c'est parfois difficile de démarrer avec un chien qui, au travail, n'est pas naturellement compatible avec nous, et c'est pour cela que le troupeau peut être une discipline difficile pour les conducteurs novices. En revanche, je suis certaine que c'est grâce aux chiens avec lesquels on galère le plus, que l'on apprend également le plus. Finalement, est-ce que cela ne vaut pas tous nos moments de découragement ?


(En photo : Sirius face à une brebis Suffolk au col du Sanetsch, Valais suisse, 2000m d'alt.)


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Elsa Weiss / Cynopolis

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