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D’ange à démon : l’arrivée du chiot dans l’âge adulte

Vous avez tout fait pour éviter cela. Vous avez emmené votre chiot dès son plus jeune âge à l’école du chiot, vous l’avez mis en contact avec des congénères avant ses trois mois, comme le préconisait, à juste titre, votre éducateur canin. Vous lui avez évité toute expérience négative. C’était une boule de poils adorable, qui aimait tout le monde et que tout le monde aimait.


Et puis un jour, il a changé. Vous avez vu arriver ces changements par petites touches. Au début, ils ne vous inquiétaient pas : votre chiot avait bien le droit de s’exprimer, et de ne plus avoir envie de jouer avec certains congénères. Sûrement avait-il ses raisons. Mais, peu à peu, il est devenu de plus en plus irritable. À plusieurs reprises, vous avez été surpris de ses réactions violentes, et vous vous êtes fait remonter les bretelles par le propriétaire du chien d’en face. Alors, vous n’avez plus osé le lâcher. Et maintenant, ses promenades, de plus en plus rares car synonymes de stress pour lui et pour vous, ne se déroulent plus qu’en laisse courte, à des heures calmes où vous êtes sûr de ne pas croiser beaucoup de chiens. Parce que ce n’est plus un chien que vous promenez en bout de laisse : c’est un dragon.


Vous ne cessez de vous creuser les méninges, de vous auto-flageller : vous avez dû faire une erreur quelque part. Peut-être vous faut-il être plus sévère, comme vous le conseille votre grand-oncle venu pour le repas dominical. Il n’a jamais eu de chien, mais peut-être a-t-il raison. Et si c’était la faute de ce Labrador pas très aimable qui avait secoué votre chiot par la peau du cou alors qu’il était encore tout petit ? Ou alors, il faudrait peut-être que vous lâchiez votre chien à chaque rencontre canine comme vous l’a conseillé un promeneur ? C’est curieux d’ailleurs, depuis que votre chien est devenu réactif, chacun y va de son petit conseil. Alors même que vous n’avez rien demandé.


Oubliez tout cela. Oubliez votre culpabilité, oubliez le gros Labrador et sa mâchoire qui vous ont fait si peur (alors même que votre chiot n’avait pas eu l’air traumatisé, lui). Vous avez peut-être fait des erreurs : on en fait tous, même quand on est éducateur canin. Mais, si la réactivité canine est parfois causée par une mauvaise gestion des maîtres ou un traumatisme (même si, je le répète, ce sont souvent les propriétaires qui sont plus traumatisés que le chien, et qui vont par la suite attribuer chaque comportement agressif de leur compagnon à cette « attaque »), elle est le plus souvent due à un facteur qui va sûrement vous étonner : l’arrivée dans l’âge adulte !


Quand le chien, mâle ou femelle, arrive à la puberté, il se produit un phénomène inévitable : il produit des hormones sexuelles qui ont aussi une influence sur son cerveau et donc sur sa façon de se comporter, mais aussi sur la façon qu’ont les autres chiens d’interagir avec lui. Il n’est plus un bébé à qui les adultes pardonnent les erreurs de communication et les malpolitesses. Il devient un adulte, et les autres chiens ne vont plus lui pardonner ses erreurs. Il sera sanctionné s’il ne respecte pas certaines limites, et pourra alors développer lui-même une réactivité envers ses congénères. Les petits mâles peuvent devenir particulièrement harceleurs, dominés par leur envie de se reproduire qui les met parfois en danger tellement elle est obsédante. J’ai vu des jeunes mâles vouloir copuler avec d’autres chiens, au risque d’y perdre un œil ! Ce besoin semble leur faire perdre tout instinct de survie. Soyez vigilant à ce sujet, car votre compagnon pourrait se mettre en danger mais aussi finir par devenir réactif si vous ne modérez pas ses ardeurs face à certains chiens.


La puberté est aussi le moment où certains gènes, en sommeil jusqu’à présent, se révèlent au grand jour. Petit chiot va alors ressembler de plus en plus, physiquement mais aussi d’un point de vue comportemental, à Papa/Maman. Voilà pourquoi c’est une très mauvaise idée de faire reproduire un chien qui n’est pas sociable avec ses congénères : certains comportements se transmettent génétiquement. Enfin, il y a aussi des chiens qui aiment tellement leurs congénères, que dès qu’on les empêche d’aller les voir (quand ils sont en laisse), ils explosent à cause de la frustration qu’ils éprouvent. Parfaitement sociables détachés, ils deviennent de véritables monstres si on les entrave, et, la réponse du chien d’en face n’étant pas toujours tendre (on peut le comprendre), la réactivité pourra ensuite s’étendre même aux cas où votre compagnon sera en liberté.


Ne pensez donc pas que vous êtes forcément coupable de la réactivité de votre chien. N’accusez pas non plus l’Australien du voisin qui a un jour fichu un coup de croc à votre chiot. Les chiens sont relativement résiliants face à ce genre d’incident. Un véritable traumatisme, cela arrive, mais je le répète, c’est assez rare. Votre chien est simplement devenu adulte. Ses réponses comportementales face aux congénères peuvent être modifiées à l’aide d’un éducateur canin spécialisé dans la réactivité (pas un de ceux qui suspendent les chiens en bout de laisse pour leur faire comprendre « qui est le chef », NDLR), mais il faut comprendre que Médor est aussi en droit de ne pas avoir envie de rencontrer de nouveaux congénères.


D’autant que nos modes de vie urbains obligent les chiens à être entassés les uns sur les autres, eux qui ont tant besoin d’espace pour se sentir bien. Avez-vous envie, vous, d’entamer une discussion avec tous les gens que vous croisez ? Ne rêvez-vous pas parfois de vous trouver une maison au milieu des bois ? Soyez tolérant envers votre chien et sa génétique, prenez un peu de recul par rapport à sa réactivité, lâchez du leste (à défaut de pouvoir lâcher le chien), et cessez de vous triturer les méninges à son sujet. Votre chien est avant tout un individu avec ses préférences personnelles, et respecter cela, c’est faire un premier pas vers une cohabitation plus sereine.


Elsa Weiss / Cynopolis

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